La fin d’une amitié

J’ai commencé à écrire ça le lendemain du party chez H. C’est demeuré un brouillon jusqu’à maintenant.

En fin de semaine, il y avait un party pour H. qui a eu 35 ans ce mois-ci. C’était chez lui, dans une autre ville, dans sa maison, dans sa cave. Là où il habite avec sa fiancée et ses deux enfants. En banlieue.

J’avais reçu une invitation et je croyais que c’était une erreur parce que c’est sa blonde qui l’avait envoyée. Finalement, oui oui j’étais invitée avec mon chum et C. J’étais super contente. Ça me faisait bien de la peine de penser que je n’étais pas invitée.

Ça faisait des années que je n’avais pas vu H. Sa blonde ne voulait plus qu’on se voit parce que H. lui a conté une menterie de trop. Il lui a dit qu’il allait chez C. et que j’allais être là. Mais, non. Il était chez moi et C. était là, je pense. Bref, on ne s’est pas vu depuis ce temps-là et c’est supposément ma faute parce que j’ai assumé que sa blonde le savait et que j’ai dit sur son répondeur qu’il faudrait bien qu’elle vienne la prochaine fois. Il ne m’avait pas dit qu’il lui avait menti.

Alors, on est allé au party voir des gens que je ne voyais plus depuis notre rupture, manger légumes et trempettes, boire de l’alcool ou de la liqueur, manger des chips (pas moi, c’est carême), manger du gâteau (pas moi, c’est carême). H. a insisté pour avoir un party de sous-sol comme dans le temps. Évidemment, c’était lui le DJ. Mon chum a trippé. Il a dansé comme un fou.

Je ressentais un léger malaise. Je me sentais loin de ces gens-là et je pense qu’eux aussi se sentaient loin de moi. Ils ont presque tous eu des enfants. Ils ont presque tous une maison et une voiture. Ils se voient encore et ils habitent tous en banlieue dans la région de Montréal sauf la soeur de H. qui habite près de chez C., dans le nord de la ville.

La conversation était superficielle. Que pouvais-je leur dire ? Même à H. je ne savais pas quoi dire et je ne savais pas  comment agir. Chassez le naturel, il ne revient pas toujours. Ça n’aide pas que je n’ai pas eu de nouvelles de lui pendant aussi longtemps et que même si je lui fait des coucous sur Facebook, il ne répond pas. Je ne sais pas pourquoi j’ai été invitée.

Quand j’ai maigri, je n’étais plus de son goût parce que mes seins devenaient trop petits. Maintenant que j’ai une poitrine encore plus volumineuse qu’avant, je me demandais si quelqu’un allait faire une remarque. J’espérais que non. Mes seins ont souvent été un sujet de conversation, mettons. Personne n’a fait de remarque sur ma reprise de poids ni sur mes seins et c’est tant mieux. J’ai quand même surpris H. à me regarder la craque de seins bien comme il faut. Pas de doute, il a remarqué, lui.

J’ai appris pendant le party que sa blonde était en rémission de cancer. Il ne me l’avait pas dit. C’est quelqu’un d’autre qui me l’a dit. Je pense que le fait qu’il ne m’ait pas dit ça la dernière fois où on s’est écrit, c’est un signe que c’est vraiment fini l’amitié qu’on avait. Alors que mes ex me recontactaient pour toute sortes de raisons…lui, il était entouré de ses vrais amis.Il vivait le cancer de sa blonde avec eux et avec elle.  Ça m’a touchée de savoir qu’elle avait encore passé à travers ça et lui avec elle. J’ai trouvé ça triste. Je pense qu’il a peut-être eu peur, s’est peut-être senti démuni. Moi, je n’étais pas là.

J’ai pensé longtemps qu’on était des âmes soeurs. On a toujours été connectés. Plus maintenant. Ça me rend triste d’écrire ça. Le côté amoureux de l’affaire, ça fait tellement longtemps que c’est parti. Mais, l’amitié, je pensais qu’elle avait encore une place.

Moumoune

J’étais bipolaire et je n’étais jamais malade. Je pouvais travailler plus qu’un an sans prendre de journées de maladie. Depuis un bout, ça finit puuuuuus. Il y a toujours quelque chose.

Ou bien…je ne portais pas attention à mon corps. Un peu comme ma boss. Ma boss m’a regardée avec un air de « tu vas t’en aller chez vous à cause d’un vaccin? », genre moumoune, t’es pas capable de le prendre.

Elle, elle a eu la grippe et elle a travaillé de chez elle. Elle envoie des courriels à minuit, elle. Elle viendrait travailler pendant les Fêtes si c’était ouvert. Je ne comprends pas pourquoi elle a un chalet.

Bref, j’ai eu le vaccin pour la grippe A hier. J’étais super fatiguée mais ce matin, ça allait. Puis à 11h, bam. Tête qui nage dans l’eau, sensation de fièvre, douleurs à plein d’endroits, fatigue. La totale.

Là, je me sens comme une moumoune d’être retournée chez moi. Bon…je projette sur ma boss ce que je ressens. Mais c’est ça pareil. Elle et l’autre boss m’ont dit que ça durerait 24 h comme « ça dure 24h, reste ici, c’est pas grave ».

Non, c’est pas grave et oui, je vais m’en remettre. Mais, là, pleinement consciente de mon corps, c’est vraiment désagréable comme sensation, la grippe. Même si c’est 24h de pas-vraie-grippe. Depuis hier, je me nourris de grilled cheese, de Kraft Dinner et de soupe Lipton. Amenez-en du jaune pis des p’tits pois.

J’en reviens pas que j’ai passé des années à travailler sans repos. Bonyenne. Comment j’ai fait.

Être capable de dire "Non"

8 novembre 2007

Hm. No one has ever said I could say it and I had every reason to say it. No one has ever said I had to defend myself and I could.

Saying no is difficult, I feel guilty and I’m always afraid that I might be at the receiving end of an extended arm going very fast. Why ? I don’t know. maybe because it happened often enough home when I was little. Just because. Not because I said no, I hardly said anything.

My parents always said I had to be careful with strangers. But no one ever told me that I had to be careful with people I know. My parents never told me. Maybe because they would have been the first I would have looked at as « a bad person ». I did go to the school counselor when I was in junior high but even if I had a lot to tell, I just couldn’t talk. No words came out after « I want to change houses ». I just couldn’t talk.

I often feel the same way again. I can’t talk. I can’t cry. When I talk too much it’s because I hope what I say will fall in someone’s ear, any ear just as long as my words find someone who will truly listen to me. Not like my family.

Saying no requires being angry. And being angry isn’t well seen for a woman. A woman can’t be angry in public or even in private. It isn’t polite or lady-like. I have a lot of difficulty with my anger. I stifle it until it explodes and it usually is too late. I am trying, I’m better at feeling it. Last year I didn’t feel a thing, ever. Not a feeling, ever. Everything was buried deep.

Now I do feel anger. I can say no. But I feel like a bad person. I don’t want to reject someone, hurt the person. But I have to don’t I ? I can’t just do everything people want me to do. I can’t be what people want me to be.

Being myself is saying no. Being myself is difficult and it makes me feel guilty, angry and afraid.

Mon père boit et conduit

13 juin 2008

I became very mad, outraged, the day I realized how many times my dad had driven us back to my mom’s or anywhere while he was drunk. He did have accidents and has lost his permit because of this. I’m happy about it.

I get a very uneasy feeling when I have to refuse someone who is proposing to drive me somewhere and I know they drank. But last time, it was my uncle, and it made me feel very very ungood and I stood my ground forcefully.

Demander "comment ça va ?"

Il me semble que ce n’est pas difficile demander à quelqu’un « comment ça va? »

Quand j’étais malade, en train d’essayer des nouveaux médicaments, ou bien quand j’ai arrêté mes médicaments, j’aurais bien aimé qu’on me demande comment ça va.

Ma mère a bien de la misère avec ça. Et j’ai déjà rompu avec quelqu’un parce qu’il ne me le demandait jamais. Comment est-on supposé parler, ventiler, s’exprimer sans un beau « comment ça va »? Ça fait du bien d’en parler.

Je pense que les gens ont peur de se faire répondre que ça ne va pas. Ils ont peur d’avoir à écouter qu’on est déprimé, découragé. Bon, il faut dire que ça arrive souvent que les gens sont tellement négatifs ou ennuyeux qu’on ne veut pas ouvrir la porte… Personnellement, je ne demande pas à mes collègues comment ça va. Je ne veux pas le savoir, je m’en fous. Mais, mes amis, ma famille, je veux savoir. Je suis assez forte et détachée pour pouvoir écouter et sympathiser. Pas eux.

Une fois, en pleine dépression, un de mes anciens patrons est passé à toute vitesse en lançant le traditionnel et non menaçant « salut ça va »…il marchait tellement vite que le temps que je dise « non, ça va pas », il était rendu à l’autre bout du couloir. Ben, il a fait demi-tour, inquiet. Je n’étais pas capable de lui dire pourquoi je n’allais pas, je ne parlais pas beaucoup à l’époque. Je parlais pour ne rien dire comme la plupart des gens. J’ai trouvé ça drôle qu’il revienne, pas sûr de vouloir savoir, ne voulant pas être indifférent.

À partir de ce moment, quand on me demandait comment ça va, je n’hésitais pas à le dire. Ça va supeeer bien. Ça va pas du tout. Je sais pas. Je n’ai pas envie d’en parler. Ça déboussole. Ça questionne. Ça force les gens à voir la réalité.

Resurfacer

I’m at my boyfriend’s apartment.

We celebrated his birthday tonight with friends. One of my friends was there and I stayed with her all evening. I like his friends enough but I have nothing to say to them. Talking about DVDs or food is tiring…boring. I don’t know them much and I am incapable of talking « for real » with people I don’t know. I feel selfish for staying with my friend. But to my defense, I must say that most of his friends didn’t seem chagrined that I didn’t participate in their conversation…about role playing mostly. Which Icouldn’t care less about.

So it’s 11, I’m at his place. Alone. I didn’t feel like going for a drink with a dollar in my bank account. Yep. One dollar. So off they went. Thing is, I have his keys, he won’t be able to come in without ringing and waking me up if I’m sleeping. I’m way past my bedtime already. I’m bored and I wish I was home, in my bed with ginger tea and a book. Or at least asleep in my bed.

I started a new therapy this week and I have been feeling funny since. « Stuff » has been surfacing and I’m troubled. * The feeling of gravel under the palms of my hands * My throat clenching * Dizzyness * A bit of panic * Being out of my body * I’m distracted I don’t feel so hot. I’m afraid of remembering. I’m also afraid of not remembering.

Refoulement et inondation

23 novembre 2007

When I was 15 turning on 16, I started my first job. It was okay, it paid school expenses and it kept my parents off my back. I worked with one of my best friends, the place belonged to her parents.

I wasn’t the most brilliant and efficient worker. I was a bit slow, kept to myself. I liked working mornings because it was not busy, I could do my things and read or write.

I remember it was winter because I was cold, winter coats were hung in the back store and there was snow piled around work. My boss had hired this man to shuffle snow. He was around 60, slim, white hair. He would hang around the store, looking outside, asking me questions. I did feel uneasy but didn’t want to be impolite. I couldn’t wait for him to go, I just wanted to go back to my reading and I didn’t like letting him alone inside while I answered customers. But he was hired by my boss, he was older than me and I had never learned how to ask someone to leave without sounding really not nice. Plus, he must be okay, right, if my boss had hired him ? So I endured. And boy did he talk. I didn’t even know his name but I knew he had kids.

I don’t remember what he was talking about because I was the kind of person to space out once in a while. But when he asked me what was back there, I went near the door to the back store and told him what was there. Then, he came behind me, put his arms around me, lift me up. He then put me down but put his hands on my breasts and told me I had nice breasts.

All this while, I was paralyzed with fear. Nothing had EVER prepared me for this. I couldn’t move, I couldn’t say a word, I was feeling blind and deaf. It was like big heavy white sound had entered me and had taken everything conscious with it except that when he put me down I had landed on one of his feet and I was sorry.

It was all my fault. I shouldn’t have, I should, if I had…

He just moved away and got out of the store while my eyes welled up, I was choking up and it is really the right word, choking. I shouldn’t have, what had I done to make this happen, if I hadn’t, if I had…

A customer arrived and I did what I had to do even if my eyes were full of tears. That customer probably saved me from worse. I hadn’t realized it then but it resurfaced this year, a car had arrived when all of this was happening. If he hadn’t heard the bell signaling a car was waiting, he would’ve raped me. We were right in front of the back store, the door was open, the light was off.

I felt small. Vulnerable. Empty, used. Numb.

This numbness would take a very long time to go away. No having bruises doesn’t matter when someone tramples you. He had taken my space, my body.

It was the first time this happened to me, it was the first thing of many that made me the person I am. Untrusting, afraid of being in a relationship, afraid of meeting people, and it took me until not so long ago to be able to talk at all.

I did tell what happened to my boss after telling my friend. She asked me if it was an accident. NO it was not, how could she ask me that ? If it was I wouldn’t have told her what happened. I felt angry, even more dirty and vulnerable. I wasn’t believed by an adult. When I told another friend she told me it meant I had nice breasts. It was like being beaten with an open hand, again and again. No one was reacting like they were supposed to. Hadn’t I always heard that you are supposed to tell ? And I wasn’t taken seriously, I wasn’t believed.

I didn’t tell my parents and they didn’t think anything was wrong.

I stopped telling what was happening to me after I was raped when I was 19 and my boyfriend didn’t believe me. I stopped telling. What was the point ? I never had any bruises, nothing showed. No one believed that these things happened to me. But they did and I still have nightmares every spring when it’s time to let doors and windows opened because I was threatened by someone. Nightmares, words, silent threats and fear don’t make proofs that things happened. The police don’t believe me.

So I developed a neat way to cope with all the violence. I would forget, numb my mind and body until I exploded. I wouldn’t cry, I wouldn’t tell, I wouldn’t think about it and if thoughts of it sneaked up on me, I shut them out. I kept having boyfriends and to have sex. I had all kinds of problems and I couldn’t figure why.

Now I’m in therapy and I remember. And thinking of a smell makes me almost faint. So I cried. because I have no hope, really. I don’t see the end of feeling untrusting, being afraid. I can’t have sex without feeling claustrophobic and panicked if I see the person. When things are over I cry. Sometimes it hurts. I only have sex when I can’t see the guy and I feel so helpless about everything. Some touches make me nauseous, being tickled makes me hyperventilate, pain takes me out of my body.

But the fear…I fear everything all the time. I want to be invisible. I am envied by a lot of girls around me. Long neck, long shiny hair, nice face, thin, nice looking. Makes me grind my teeth, envy. It’s like getting blasted and getting blame dumped on me again. All I’ve wanted for years is to be invisible so men would look away and not at me. I don’t want them to notice me, to follow me, to get ideas when I’m nice, to love me.

And I do feel unlovable. Why would someone want me ? I’m rotten.

So, yesterday, thinking about the smell of this workplace, I saw it, and I felt the heaviness, the fear, the despair, and I cried.

Will things ever be different now that I remember all of it ?