Lundi reconnaissant

  • J’ai été à un party chez Prince charmant en fin de semaine. Un party de sous-sol comme on faisait avant. H. a 35 ans. Je suis reconnaissante d’avoir été invitée…
  • et ça s’est bien passé.
  • J’avais ce qu’il fallait ce matin pour me faire un grilled cheese.
  • Je suis contente d’avoir fait le cross-border exchange, c’était pas mal le fun !
  • Avoir quelque chose à attendre ! Un paquet par la poste.
  • Mel m’a écrit un commentaire sur mon blog suite à mon propre commentaire sur son blog.
  • Food Network Magazine et Everyday Food, wow. Looove.
  • 32 rouleaux de papier de toilette en vente chez Metro ! 😉
  • Picasa. Je suis étonnée de voir combien ça fonctionne bien les retouches de photo !

Avortement sur Tweeter

J’ai commenté sur le post de Mel à propos de la femme qui a décidé de tweeter son avortement. J’ai toujours été honnête sur mon blog, mais le sujet de l’avortement est sensible et depuis que je lis plein de blogs sur l’infertilité je suis plus silencieuse à propos de mon propre avortement.

Voici mon commentaire sur le sujet du tweet :

Thank you for sharing your thoughts on this issue. I have made up my mind about abortion a long time ago. At 16, in fact, when I became sexually active. I was taking the pill but if I ever had an accident I would get an abortion because there was no way I could ever take care of this baby and it would be unfair to me, the baby and my family to have the baby and take care of it when I went to school. I wanted my kids to be happy and me to be happy with them.

I respect women who decide to keep the baby and are pro-life and I also respect the women who decide on having an abortion. Their bodies, their lives. I expect the same respect. I will never try to convince someone that being pro-choice is the only way to go and I hope noone will ever try to force me into a pro-life way of thinking.

But this story about tweeting an abortion makes me a bit sick. A blog would still have been public but not as much as the tweet. I’m all about education but I don’t agree with such a public display of TMI. Having an abortion is so private. I should know, I had one. I didn’t keep it to myself. I talked about it and when people judge someone else for having one I don’t hesitate to ask them if I seem evil ? No ? But I had an abortion and have never regretted it, it was the best decision possible at the time even if I was an adult (j’avais 29 ans). Am I evil now ?

It’s such a sensitive subject. It has become even more sensitive since I follow your blog and other women’s blogs about infertility. Everything seems so unfair. I only speak up about it because my abortion has been on my mind for a while because I read so many blogs and I wonder…about being honest about it, about hurting people, about sadness and hope and now about why someone would make such a big display of attention with a tweet.

Qui est-on pour juger de ce que les autres font de leur corps ? Que ça soit baiser, ne pas baiser, avoir un avortement, garder un bébé, prendre la pilule, manger trop de sel…on a le droit de ne pas être d’accord. Mais qui est-on pour juger comment les autres traitent leur corps ou pour juger des choix que les autres font ? To each his own.

La vie est injuste

Je le savais déjà. Je dis toujours : « Oui, la vie est injuste. Deal with it. » Mais, quand même. Depuis que je participe à Icomleavwe, la vie me semble encore plus injuste. Toutes ces femmes qui désirent un bébé, tous les efforts, l’énergie, l’argent qui vont dans ce rêve-là. Ça me fais capoter.

Pendant des années, je n’en voulais pas. Je ne croyais plus à l’amour, j’avais peur de donner mon trouble bipolaire à mon enfant, de fucker mon couple et ma famille.

Maintenant, j’en veux et j’espère en avoir. Je m’imagine très bien avoir à attendre deux ans comme ma mère et c’est correct. Des fois, c’est comme ça que ça marche. Et je n’ai plus 25 ans. Mes chances de pouvoir tomber enceinte facilement chutent chaque année et je le sais.

Quand je pense que je suis arrivée à tomber enceinte du premier coup, par accident, ça me tue. Je n’ai jamais regretté avoir eu un avortement parce que je ne serais pas où j’en suis maintenant si j’avais eu un bébé. Mais, boy oh boy, ça me tue de savoir que ça a été facile cette fois-là et que c’est si difficile pour d’autres personnes qui veulent tellement être enceintes.

Je trouve ça triste et ça me brise le coeur.

Je pensais que peut-être je ne serais pas capable d’avoir un bébé et j’ai eu cet accident-là. Maintenant que j’en veux…est-ce que je vais être capable encore ?

Colorific

Angry Red

1. Are you currently mad at someone?
I must be mad at my biodad because I haven’t spoken to him in years except at the funeral. I don’t feel mad but I pretty sure I am.

2. Which of your family members has the worst temper?
My Sister, she’s a violent drunk and she can be really mean without drinking.

3. Have you ever thrown something at anyone?
Scissors and a photoframe. I’m still ashamed.

4. Is anyone mad at you?
I don’t know but it’s possible.

5. Are you usually mad?
No

6. When you’re mad do you prefer to stare angrily or yell?
Depends on how mad I am. If I’m mad that someone didn’t listen, I yell. If I’m so mad I’m afraid of what I’ll say, I stare.

Exciting Orange

1. Has anyone ever thrown a surprise party for you?
No.

2. What event is coming up that you’re most excited about?
Christmaaaaaaaaassss !!

3. If you won a million dollars, what would be your first thought?
I wanted to say « let’S build a house » but I know I would think « what bills to pay first, and where do I put the money ? Which savings plan… »

4. If you could have anything right now what would it be?
Many hours of sleep to schoo away my throat ache, my neck pain and work.

Yellow Belly Self

1. Name: Terry Elisabeth (sorry but I’m still keeping this anonymous)

2. Birthday: November

3. What’s your main goal in life?
To be happy, to feel good

4. Do you want to have children?
Yes

5. When do you want to die?
Before I’m old enough to just wait for it. I don’t want to be the old woman who stares through the window, I want to be the old woman who plays bingo and goes square dancing.

Opinionated Green

1. Are you against gay marriage?
Why would I be ? What does it matter that gay people want to marry ? They want to, they’re human and in love so let them get married.

2. Lower the drinking age?
No.

3. Capital Punishment?
Yes.

4. Abortion?
Choice.

Lovely Blue

1. Do you love someone?
Yes, my boyfriend.

2. Do you believe in love at first sight?
No, it’s just hormones. It dies down as quickly as it burns up and it does burn everything down.

3. Do you believe in love?
Yes

Purple Query

Q: How glasses of water did you have today?
A: A bottle at the gym, totalling two cups maybe ?

Q: What color are your socks?
A: Black

Q: Name one thing that you do everyday?
A: Drink coffee

Q: How much cash do you have on you right now?
A: 15$

Q: Are you for or against Hillary?
A: If I was American I would be for because I’m prejudiced for women.

Q: Look to your left. What’s there?
A: Papers, notebooks, a spoon, a pear, a napkin and tons of post-its.

Q: What’s the last piece of clothing you borrowed?
A: I don’t borrow clothing.

Q: What website(s) do you visit the most?
A: Facebook or WordPress

Q: Do you have plants in your room?
A: In my bedroom, no. In the other rooms, yes.

Q: Does anything hurt on your body right now?
A: Wrist, neck, knee, throat.

Q: Do you own a picture phone?
A: No.

Last but not Least, Pink

1. Person you saw: My boyfriend

2. Person you sent a text message to: None

3. Movie watched in cinema: Christmas Carol

4. Song you listened to: The radio…Meet me Halfway by Black Eyed Peas is playing now.

5. Person you talked on the phone with: My mom

6. What are you doing right now?
I’m on break at work.

7. What are you doing tonight?

Sigh. Homework. Personality psychology, the story of Jacques.

8. What are you going to eat?
Baked pasta, sausage, veggies. Miam !

Blues

19 février 2005

Je suis assise dans ma cuisine. J’écoute Carmina Consoli en attendant que mes biscuits finissent de cuire. Ces biscuits, je ne les mangerai probablement pas, je les vendrai et je les donnerai. Je fais de bons biscuits. En fait, mes biscuits sont excellents. Pourquoi, ne les mangent-je pas ? Parce que je n’ai jamais faim pour ce que je me fais quand je suis seule.

De toute façon, je n’ai pas très faim en général. Je ne suis pas anorexique. J’ai presque mon poids santé, mais, pas tout à fait. Mais, mon poids est stable depuis 2000. Ce soir, aujourd’hui, toute la semaine, ce mois-ci, cette année, je suis triste.

Mes amis ne savent plus quoi faire pour me rendre « mieux ». C’est mon meilleur ami qui m’a donné cet ordi. Mais, rien ne me fait rire comme avant. Rien ne peut me rendre mieux.

En 2004, et en ce début de 2005, j’ai rencontré l’amour et je l’ai perdu, j’ai eu un avortement, j’ai travaillé jusqu’à en perdre l’esprit, j’ai eu un coup de foudre qui s’est soldé par un échec, j’ai tout donné jusqu’à ne rien garder pour moi, je me suis fait mal à la cheville et j’ai dû arrêter toutes mes activités sportives, j’ai fait le deuil de ma relation avec ma sœur, mon meilleur ami s’est fait une blonde, ma chatte de dix ans est morte, j’ai retrouvé mon ex et je l’ai reperdu, j’ai passé les Fêtes seule.

Ma vie est chaotique. Les seuls succès que je remporte sont au travail. Mon estime est à zéro, mon énergie est à zéro, je ne m’en vais nulle part. Les seuls hommes qui s’intéressent à moi veulent mon corps, celui qui m’aime a peur de moi, les autres sont intimidés. Je suis seule. Seule dans mon emploi. Seule dans ma vie. Seule à vivre comme je vis, toujours à travailler comme une dingue puis, à être zombie chez moi.

Je n’ai pas envie de sortir et je n’ai pas envie de nouveaux amis. Je vais passer à travers de ce que je vis comme je passe à travers tout. Mais, je trouve ça dur. Je suis déçue. Je suis triste. Je me sens lourde à l’intérieur de moi. Je me sens comme si je ne serai plus jamais la même, comme si je ne serai plus capable de croire quelqu’un. C’est déjà tellement difficile de trouver quelqu’un. Quand on finit par rencontrer la bonne personne, on s’aperçoit trop vite que tout n’est que mirage. Le voile tombe, il faut déjà partir.

Je n’en peux plus d’être adulte. Je n’en peux plus de ne plus savoir c’est quoi l’amour, de me poser des questions, de tout analyser. Je voudrais seulement aimer et vivre. Je veux vivre mes rêves. Je ne veux pas savoir que j’ai une amie qui n’aime plus son chum mais qu’elle reste avec lui quand même. Je ne veux plus savoir que mon ami n’a jamais su c’était quoi être amoureux et qu’il fait semblant d’être amoureux. Je ne veux plus savoir que mon autre ami n’aime pas sa blonde mais qu’il reste avec parce qu’ils ont une belle complicité. C’est trop dur ! Je veux croire à l’amour ! Je le veux, moi, l’amour ! Je veux être aimée et je veux aimer !

Et, pourquoi je ne l’aurais pas ? Je mérite d’être aimée. Je ne vois pas pourquoi un homme ne m’aimerait pas, un jour, comme je suis. Malgré mes défauts. Et, avec mes qualités. Je trouve juste ça long d’attendre et de repousser, de ne pas avoir le goût. Je suis jolie, intelligente, passionnée, aimante, pétillante, cultivée, bonne communicatrice, dynamique, pleine d’humour… Je suis créative, bonne cuisinière, bilingue, je suis une peintre colorée, je dessine bien, je m’intéresse à plein de choses, je suis sportive en autant que ça soit individuel…

Pourquoi, hein, pourquoi un gars ne s’intéresserait pas à moi ? Je suis grognonne le matin; si je ne connais pas la personne, je ne veux pas qu’elle me demande comment ça va; je ne suis pas diplomate, je suis exigeante avec moi et les autres, je suis intolérante envers ceux qui ne « sont pas capables », ceux qui sont profonds comme une casserole et j’ai ben de la misère avec ceux qui pensent juste à voyager.

Je suis déprimée en automne, agressive en hiver, irritable au printemps et pas si pire en été. Je ne sais jamais ce que je veux, je suis contradictoire, j’aime, j’aime pas, je suis stressée.

À part les décisions professionnelles ça fait des mois que je ne me fais plus confiance pour prendre une décision. Je ne fais confiance à personne parce que je ne les connais pas et je ne veux pas les connaître parce que les gens me déçoivent.

Finalement, ma vie m’épuise. Je m’épuise.

Oui, je vois une psy. Ça ne m’aide pas vraiment à voir plus clair dans mes relations amoureuses. Juste à respirer par le nez une fois de temps à temps. C’est de famille virer sur le top. Ma mère m’a déjà lancé un poulet qu’elle venait de faire cuire parce que je riais d’elle. Quand j’étais plus jeune, et moins stable, j’ai déjà lancé des ciseaux. Et un cadre. Je ne fais plus ça, je considère que :

1. C’est dangereux;

2. C’est du chantage émotionnel;

3. Je pourrais me ramasser dans le trouble.

4. Je pourrais tuer quelqu’un.

J’ai jeté le bébé avec l’eau du bain

Facilement, d’un coup. Comme ça. Et je me suis rendue compte que je n’avais jamais rien lu qui aurait pu me préparer pour ça.

À 29 ans, je suis tombée enceinte. Par accident, évidemment. J’ai toujours su que c’était comme ça que ça arriverait. Mais, je pensais que je serais en couple, heureuse, comblée. Je pensais que l’évènement serait un choc qui nous rendrait fous de joie, fébriles. Que je pourrais annoncer la nouvelle à ma famille et à mes amis dans l’étonnement, les trompettes, les rires et les larmes.

À part mes parents et leurs amis qui ont tout fait pour avoir des enfants, je ne connais personne qui ont prévu le coup. Mes amis n’en ont pas. Je connais même une fille qui a eu plus de cinq avortements. Ma Soeur joue à la roulette russe régulièrement, plusieurs de mes amies détestent la contraception mais ne veulent pas d’enfants, vérifiant le calendrier la peur au ventre chaque mois. Mais, elles sont incapable de prendre la responsabilité de régulariser leurs rapport sexuel, leur corps. Les hommes que je connais se sont fait vasectomiser, se sont habitués au condom au point de presque en mettre trois à la fois ou ils  jouent à la roulette eux aussi. C’est un ou l’autre.

Je connais des gens qui ont eu des enfants. Ils traînent leur fatigue, leur vie et celle de leur progéniture, comme des valises extra large trop loadées. Ils ont « pris leur responsabilités » et échoué leur couple en même temps, devenant des parents en perdant leur identité d’homme ou de femme, et leur identité de couple. Ou ils sont devenus leurs propres parents, oubliant au moment de la naissance qu’ils avaient jurés de ne jamais le devenir.

Pour ma part, j’ai pris la pilule dès l’âge de seize ans. J’avais un chum steady, un soir il a enlevé mon chandail, j’ai aimé ça. Je me suis dit qu’on ne savait jamais, ça pourrait aller plus loin n’importe quand. Quelque mois plus tard, j’étais contente de prendre la pilule, pas contente de « le » faire.

Pendant plusieurs années, je n’ai jamais eu à me poser la question chaque mois. Je savais que j’allais avoir mes règles le lundi à 16h. Je prenais ma pilule blanche ou bleue ou verte chaque matin sans en sauter une. Je ne voulais pas tomber enceinte. Point.

Puis, entre 26 et 28 ans, mon horloge biologique s’est réveillée, mon inconscient s’en est mêlé et mes doigts se sont mis à échapper la pilule dans le trou du lavabo, à l’échapper dans la toilette, mon esprit s’est mis à l’oublier une fois de temps en temps. Mais, bon.

Entre 21 et 23 ans, j’avais eu un chum avec qui j’habitais, avec qui j’avais donc des relations régulières, et avec qui je ne prenais pas la pilule. Je ne me rappelle plus pourquoi d’ailleurs. Nous n’avions nullement l’intention d’avoir d’accidents. On faisait attention. J’étais régulière, c’était facile. Je ne suis même jamais passée proche de manquer un mois ou d’être en retard. Dans ma tête, je ne pouvais peut-être pas avoir d’enfants. Ça, c’est la pensée magique.

À 29 ans, j’ai fréquenté un homme pendant quelques mois. Appelons-le Martin, c’est si commun comme nom. Lui aussi était commun. Son salaire ne l’était pas pour un homme n’ayant pas terminé le cégep. J’ai été attirée par des qualités que je pensais qu’il avait, des suppositions basées sur ce qu’il faisait comme travail. Comme j’ai dit, finalement, il était banal. Ordinaire. Le genre de gars à préférer le pâté chinois et à en avoir mangé chaque semaine pendant des années parce que sa mère lui en faisait. Le genre de gars à s’habiller en bleu marin, en blanc et en noir. Le genre de gars qui décore son appart « design » dans les tons de beige, qui lit les livres coups de coeur Renaud-Bray, qui planifie ses voyages avec Le Routard, sans originalité. Comme je dis, je croyais qu’il avait certaines qualités qu’il n’avait pas. C’est entièrement ma faute.

Mais, la chimie physique était là. C’était facile, intense, fébrile. En même temps, il y avait bien des choses que je n’aimais pas de lui. C’était uniquement physique, il n’y avait aucune intimité même s’il prétendait m’aimer comme un fou (je pense vraiment qu’il était fou, son appartement était trop propre, il classait ses conserves par ordre alphabétique et son linge par couleur) et j’avais vraiment l’impression d’être une star de la porno quand j’étais avec lui. Il était distant, fuyant. Éventuellement, malgré le fait que je ne veuille pas d’Enfant avec lui, je suis tombée enceinte.

Je l’ai su dès le moment où c’est arrivé. Après de longues heures de disputes en personne et au téléphone, je suis allée chez lui, le matin, pour lui parler avant d’aller travailler. J’avais la clé, je suis entrée et je l’ai tellement surpris qu’il a failli me frapper. On s’est expliqué, on s’est excusé et, pour la première fois de ma vie, après une dispute j’ai fait du sexe-réconciliation. Tst-Tstststststs. Quelle mauvaise idée. Je ne l’ai plus jamais refait d’ailleurs. Mon Dieu que c’était bon. Doux, tendre. Je sentais tout, mon corps ne sentait pas les choses comme d’habitude. Je me sentais chargée, je ne me sentais plus humaine, vraiment. Je me sentais vraiment juste comme un être organique. Ma tête n’y était plus, pour une fois ! Ensuite, après, mon corps s’est mis à dire « Oh, Oh. » Ah. Non. C’est ma tête qui était revenue. Et j’ai su. Je le sentais. Je ne suis pas allée travailler ce jour-là.

Les semaines d’après, je me suis dit que c’était juste mon imagination. Que j’avais tout imaginé. Mais, je sentais mon corps qui changeait et je paniquais. Mes seins changeaient de volume et de texture, ils étaient comme de la guimauve. Moelleux et rebondissants. Plus ronds. Je voulais manger des hot dogs et de la réglisse rouge tous les maudits jours. J’étais tellement fatiguée que je m’endormais dès que je rentrais chez moi. Je ressentais une douleur sourde dans le bas-ventre comme si j’allais avoir mes règles, mais elles ne venaient pas. Pourquoi n’étais-je pas menstruée ? Tous mes symptômes auraient pu être dû à un syndrôme pré-menstruel. Mais, après consultation auprès d’une amie qui avait eu des avortements et un bébé, ils étaient aussi des symptômes de grossesse.

Premier test, négatif. Une semaine plus tard, deuxième test négatif, le test est périmé. Troisième test quelques jours plus tard, positif mais la ligne rose est très faible. Quatrième test, positif et la ligne est très foncée. OH.My.GOD. Panique. Joie féroce. Peur. Fierté. Peine. Ohmondieuohmondieuohmondieu. Qu’est-ce qu’on fait ? Ça ne fait que quelques mois qu’on se connaît. On ne se connaît pas vraiment. Il est hors de question que j’habite avec lui il me rappelle un gars que j’ai détesté, j’ai peur de lui des fois. Tout à coup que c’est un fluke et que c’est ma seule chance d’avoir un bébé ? Et si je suis une mauvaise mère ? Je n’ai pas d’argent, je vis dans un 4 et demi qui a seulement une chambre, je travaille à un endroit qui n’offre pas d’assurances ni de congés. Est-ce qu’on le dit ou pas ? Est-ce qu’on le garde ou pas ? Tout à coup que je traite mon enfant comme j’ai été traitée ?

Martin aurait voulu acheter une maison en banlieue, me marier, qu’on garde le bébé. Mais, je savais que ça ne marcherait jamais. Et, dans le fond, il ne voulait pas vraiment le garder. Je me demandais déjà où était la sortie, avec qui j’allais le tromper, moi qui ne trompe pas mes chums. J’étouffais déjà alors que j’étais seulement enceinte de huit semaines. J’avais peur de me transformer en toutes ces mères plates, fatiguées, débordées que je vois partout. D’avoir un monstre hyperactif, impoli, qui veut toujours tout, qui ne comprend pas le mot non.

Je me sentais envahie par un extra-terrestre, mon corps ne m’appartenait plus. J’avais mal partout, j’étais irritable et je détestais Martin. J’avais énorméement de sympathie pour Nathalie Petrowski.

Je pense aussi que lors de ma rupture avec Le Prince Charmant, j’avais jeté le bébé avec l’eau du bain. Fini le mariage, l’amour qui dure, les bébés, la maison, les voitures, la pelouse à tondre le samedi matin. Fini le chalet en été, le ski en hiver, les voyages une fois par année, la maison ancienne à rénover. Fini le futur, les rêves, les ambitions de couple. No Future. Je ne voulais plus jamais aimer sans avoir la certitude d’être aimée en retour. Je ne voulais plus jamais avoir autant mal, avoir le coeur qui déchire, être laissée alors que j’ai besoin de l’autre. Je ne voulais plus jamais être dépendante de quelqu’un. Plus Jamais.

J’ai laissé Martin. J’ai été chez le médecin en pleurant. Elle a tout de suite deviné la raison pour laquelle je venais la voir. On a pris rendez-vous à l’hôpital Saint-Luc. Je me sentais beige tout à coup. J’avais tellement de peine que quand je suis sortie de la clinique, les gouttes de pluie aurait pu être pour moi. J’étais seule avec mon petit parapluie rouge, gonflée de bébé, de réglisse rouge, de peine, de colère contre Martin qui ne comprenait jamais rien ! « J’aurais voulu qu’on le garde. » Ben là, il est un peu trop tard hein, maintenant que le rendez-vous est pris. Imbécile.

Martin est venu avec moi à l’hôpital. J’étais stressée. Lui, il souriait comme une marionnette des Aventuriers de l’espace. Dans chaque pièce, je pleurais, je pleurais. J’avais peur, j’avais de la peine. Moi aussi j’aurais voulu le garder, j’en aurais voulu une famille mais pas comme ça, pas avec lui. Je ne me sentais pas bien, je voulais m’en débarrasser et j’étais sûre à 100% de ma décision mais j’étais extrêmement triste quand même. Il fallait attendre à chaque étape de la procédure, c’était long. Les gens étaient froids. Martin était comme un spectateur, sans empathie. Je me sentais seule, vulnérable, allongée sur la table d’échographie. Il était assis sur une chaise. Alors que je pleurais, le médecin a plongé en moi sa machine pour voir le foetus, me faisant mal. J’ai recommencé à pleurer. J’avais mal au ventre, au vagin. Alors que le médecin ne voulait pas que je voie l’image sur l’écran, Martin pouvait, lui et il souriait comme un con ! Le médecin a retiré son « affaire ». J’étais gluante, c’était froid, j’avais la nausée. Je me suis relevée après un certain temps, j’entendais le docteur qui parlait avec une infirmière dans le corridor. Il parlait de moi. « Elle n’est pas sûre de sa décision. » J’étais tellement en colère. Je voulais partir. On me traitait comme un numéro, on me faisait mal, on agissait comme si un avortement ne voulait rien dire pour la personne qui le subissait, qui avait choisi l’intervention. J’en avais assez ! « Allez, on s’en va. Je veux aller chez Femina. »

Après avoir signalé au docteur que je ne voulais plus avoir mon avortement à l’hôpital, puis en avoir parlé avec une infirmière en lui disant que je ne supportais pas comment j’étais traitée, nous sommes allés au restaurant, Martin avait faim. Je lui ai dit que je voulais être traitée comme un humain et pas comme une vache sur la table d’un vétérinaire, que je voulais aller chez Femina et que c’est lui qui allait payer le 300$. « C’est remboursable par mes assurances? » Grr. »Oui ».

Alors, j’y suis allée. Avec Ma Soeur cette fois. Elle est toujours là quand je suis malade. Autrement, elle ne veut rien savoir. On a insisté pour que je dise « le foetus » et pas « le bébé ». Mais, pour moi, dans mon ventre, j’avais un bébé. J’avais un rêve perdu quelque part entre mes 23 et es 26 ans. J’avais aussi la peur au ventre. Et alors qu’on me rassurait, qu’on me disait que tout allait bien se passer, que je regardais la carte du monde « pinnée » au plafond, j’ai moi-même perdu la carte. Il semblerait que le relaxant qu’ils donnent pour déstresser les femmes aie cet effet sur certaines patientes. Je ne me rappelle de rien. Je me suis réveillée alors que le docteur et que l’infirmière me relevaient, je pleurais en disant que j’avais perdu mon bébé, que je n’avais plus rien. J’ai re-sombré. La fois d’après, je me suis réveillée sur un petit lit entourée d’autres patientes. Je me suis encore réveillée en pleurant. « Mon bébé, je l’ai perdu, je ne le trouve pas, je suis vide. Il est parti, mon bébé. » Dans les vaps, la fille. Je voulais voir Ma Soeur. Elle n’était pas là, je me demandais pourquoi elle n’était pas là, j’étais confuse.

J’ai mêlé ce jour-là avec celui où elle est venue me veiller à l’hôpital, elle avait les cheveux rouges, je pensais que Ronald McDonald venait me voir. Quand elle est apparue, j’étais mêlée, pourquoi n’avait-elle pas les cheveux rouges ? Après avoir dormi encore, on a fini par partir.

Je suis sortie dehors et la terre tournait encore comme si ce qui s’était passé n’avait aucune importance. Et c’est vrai qu’après quelques semaines, quelques mois, j’ai pensé que ça en avait aucune. Je continuais à travailler, je me suis fait un nouveau chum. Le fait que je ne me rappelle rien m’a beaucoup troublé. Plus d’un an après l’avortement, j’avais peur de tomber enceinte chaque fois que j’avais des relations sexuelles. J’avais vraiment peur. J’étais tendue.

Ça fait plusieurs années et j’ai l’impression que si on me regarde, je vais tomber enceinte. Je prends la pilule religieusement et je prends des condoms. Mais, pour moi, les spermatozoïdes sont maintenant des créatures investies de radars, hautement intelligentes et prêtes à tout pour remplir leur mission. Mon vagin et mon utérus sont prêts à tout aussi pour remplir leur mission et je considère maintenant mon corps comme étant pas mal trop fonctionnel et comme une terre très fertile dont je veux garder les cultivateurs le plus loin possible.

Finalement, le célibat n’est pas difficile pour ça. Depuis que j’ai été enceinte, ma vision de la sexualité a changé. De récréationnelle, elle est devenue fonctionnelle. J’ai enfin compris à quoi sert la sexualité. Mon corps a fait ce qu’il avait à faire. J’ai senti la puissance de la conception, de la fabrication d’un autre être humain. Peut-être pas jusqu’à la fin, pendant trois mois. Mais, le début était tout de même de même de la force turbo.

Bref, j’ai 32 ans. Et je ne sais toujours pas si je veux des enfants après tout ça. Je ne sais plus ce que je veux. J’ai flushé le bébé avec l’eau du bain après Le Prince Charmant et voilà que j’ai fini par flusher le bébé pour de bon, ma chance d’en avoir un. Je ne regrette pas ma décision. Je n’ai jamais regretté. On aurait pas été heureux. Mais, chaque fois que je vois une petite fille depuis quelques temps, mon coeur s’ouvre. Je deviens molle comme de la guimauve. Je sentais que j’aurais eu une fille.

Célibataire à Verdun

Ce matin, j’ai été réveillée vers sept heures par un bruit dans la rue. Ce n’est pas toujours facile habiter Verdun. L’action commence tôt le matin. Mais, bon, sur le Plateau, on entend en tout temps les sirènes de la police, de l’ambulance ou des pompiers. Ici, on entend des coups de feu, les voisins qui gueulent, des accidents.

Ce matin, comme je disais, j’ai entendu un bruit qui m’a réveillée et j’ai pensé que c’était une explosion ou un coup de feu dans la rue. J’ai pensé me rendormir, bien au chaud, mais, suite à une formation en premiers soins, je ne compte sur personne d’autre que moi-même pour vérifier s’il y a des blessés. Bonne fille !

Je me suis levée du côté droit du lit, comme d’habitude et j’ai posé mes deux pieds sur le plancher froid de ma chambre. Bien que je sois habillée d’un pyjama en polar, je frissonne quand même. J’ai fait le tour du lit et j’ai regardé par la fenêtre de la porte. La galerie d’en avant donne sur ma chambre. Le temps que je me lève et que je fasse tout ça, j’entendais des éclats de voix et je commençais à angoisser.

J’ai vu trois voitures : un véhicule sport gris, une petite voiture quatre portes rouge et une autre petite voiture grise. Quinze personnes africaines-américaines (pour être politiquement correcte) s’engueulaient. Finalement, le bruit, c’était un accident. J’ai appelé le 9-1-1 parce que ça dégénérait. Le temps que je parle à la police et que l’appel finisse, les gens avaient fini de se taper dessus, de se jeter dans la rue, de casser une ou deux bouteilles, de gueuler et ils sont partis. Des femmes et des hommes, quinze en tout, qui, au lieu de sortir calmement de leur voiture et de s’échanger leurs cartes d’affaire et le numéro de leurs assurances, se sont tapés dessus et se sont même mis à cinq sur un à un certain moment.

Pourtant, je n’ai vu aucun pare-choc dans la rue, aucune lumière pétée, aucun miroir décroché. Il faut dire que je suis au troisième étage. Avant, j’habitais dans le quartier Ahuntsic. J’adorais ce quartier. J’y ai eu trois appartements et j’y ai habité quatre ou cinq ans. Deux appartements étaient sur la rue St-Denis au coin de Crémazie et un était sur la rue Tolhurst au coin de Legendre. Ce dernier a été mon préféré. Ah. Un grand cinq et demi bien éclairé, facile à aérer en été, bien isolé en hiver, beaux planchers, superbes fenêtres, grande cuisine et grand salon.

J’adorais aller à l’épicerie. Il y avait un Provigo, sur Saint-Laurent. Ce Provigo-là était grand, plein de produits ethniques, du terroir, plein de marchandises variées. J’y trouvais de tout ! Quant au IGA sur Chabanel, c’était une petite épicerie italienne au feeling familial où je ne pouvais pas trouver du camembert mais où je pouvais trouver le meilleur des parmesan et tous les meilleurs chocolats italiens pour faire des cadeaux. C’était incroyable, il fallait lire italien pour faire l’épicerie. Sur trois marques, deux étaient étrangères.

Je me sentais en sécurité dans ce quartier-là. Il y avait toujours quelqu’un à la maison. Les gens se disaient bonjour. Ici, je me méfie, je me fais accoster et même les enfants sont bruyants et insolents. Est-ce que je voudrais retourner aux années cinquante ? Peut-être. Dès ma première semaine, la voisine voulait que j’aille prendre un café. Par contre, ma proprio était folle et mon coloc était un abuseur. Dommage.

Je n’ai pas pu garder cet appartement que je voulais garder pour le reste de mes jours. Pour moi, il représentait le nid. C’est ainsi que j’ai atterri à Verdun en colocation avec l’autre coloc débile. Il voulait remplacer son ex… Ça a pas marché parce qu’il n’était pas question que qui que ce soit me touche et certainement un gars qui fumait, buvait, écoutait la lutte, et buvait deux litres de Pepsi par jour. Il était caractériel au bout, était paresseux, manipulateur, menteur. Il m’a donné trente jours pour me trouver un appartement en plein rush d’appartements au mois de septembre. Son frère a échangé ma place contre son appart à deux pas de là. Il a habité avec le coloc débile et j’ai pris un superbe quatre et demi avec puits de lumière, grande cuisine, belle lumière pour mes plantes et mes toiles, très petite chambre, grand salon-atelier.

J’habite enfin seule. L’avantage de mon appartement c’est que je suis près du métro. Je peux donc me rendre au travail facilement et rapidement. Je suis près du centre-ville, du marché Atwater, de tout. Les voisins ne me dérangent pas. Mais, moi, est-ce que je les dérange ? Ma musique est pas mal forte, des fois. J’essaie de baisser le son à partir de 21h quand j’y pense. Dès 22h, je baisse le son de tout. Les murs sont en papier. Même que c’est gênant de faire l’amour chez moi. Mais, ça vaut la peine.

Le matin, le soleil illumine les murs de ma chambre et de mon salon. Le soir, c’est la cuisine. Je ne pourrais pas habiter un endroit sombre. Je ne voulais pas d’un demi sous-sol. Je ne voulais pas d’un endroit où je n’avais pas de fenêtres, pas de soleil. Mes toiles, ma peinture, mes plantes, ma santé ont besoin de lumière.

Ça fait cliché, hein, une célibataire qui a un chat ? Mon ami se cherchait quelqu’un sur internet et il lui a semblé que toutes les célibataires avaient un chat. Vu qu’il est allergique, c’était un problème. Mais, avoir un animal brise la solitude. Il y a beaucoup de célibataires qui se sentent seuls semblent-ils. Mais où sont-ils ? Où sont-elles ? De plus, je ne veux pas tomber sur un nouveau célibataire qui va me laisser tomber comme une vieille chaussette sale dans pas long parce que j’étais juste la fille de transition. Moi, là, les rebound… J’en ai plein mon club sandwich.

On dirait que ça fait cinq ans que je suis en rebound. Ça fait cinq ans que mon ami me dit de respirer par le nez, de me calmer les hormones, de prendre mon temps. Mais, maudit, je rencontre des gars, ça marche, ça marche pus. Et, là, je sais plus. J’ai eu des relations de huit mois, deux ans et un an et pourtant, je me sens comme si j’avais été célibataire depuis cinq ans. Pourquoi ? J’ai aimé et j’ai été aimée. J’ai été fiancée, j’ai été enceinte. Je suis épuisée. Je fais un burnout amoureux.

Je suis le genre de fille qui se pose trop de questions et qui sur-analyse. Je lis trop. Je bois du café, j’écris, je lis, je travaille, je pense. C’est pas bon, tout ça. C’est pas bon le célibat et le pas de sexe. Quand je vois un beau gars. Bof. C’est quoi, mon problème ? Le burnout amoureux.

Soir, 19h13

J’ai passé l’après-midi avec PB après avoir déjeuné avec lui. Il semble que sa blonde soit jalouse de notre lien. Je le fais rire, on se voit, je suis chanceuse qu’il soit mon ami à ce qu’elle dit. Pfft. C’est pas elle, par hasard, qui peut continuer de recevoir son affection et de lui en donner, de le voir continuellement en plus de pouvoir baiser avec lui ? Alors que moi, je dois me contenter d’un appel de temps en temps et d’un déjeuner une fois par semaine si je suis chanceuse. Elle voudrait me connaître mieux. Anyway, j’ai entendu et on verra.

Mon infâme Ex m’a appelée après trois jours de silence. Sa réflexion est terminée. Il veut revenir. Après sa maudite réflexion qui m’a laissée seule durant les Fêtes et la Saint-Valentin. Il m’avait dit qu’il serait toujours là et que je ne serais pas seule à Noël, période où notre bébé serait supposé être né. Encore des belles promesses. Ah.

Tout d’un coup, Monsieur a viré son capot de bord, mais, est aussi entêté. Il ne m’écoute toujours pas et est aussi enligné sur ce qu’il veut. Tout d’un coup, il veut la même chose que moi alors qu’il ne me l’a jamais vraiment donné. Il a annoncé à tous ses amis qu’il les verraient moins parce qu’il me verrait plus. Ça fait deux mois qu’on se voit à peine. Il est fou. C’est sa présence que je veux. Je veux qu’il me prouve qu’il peut être là.

Mais, à travers tous les évènements graves que j’ai vécu, il s’est tiré. Tout ce que ça me prouve c’est que je ne peux pas lui faire confiance. Je ne peux pas compter sur lui. Il était fatigué, il avait autre chose, il était en réflexion. Des belles excuses.

Il a eu le coup de foudre pour moi sur un site internet. Quand il m’a vue avec ma tuque débile de Safarir, il m’a encore plus trouvée de son goût. Mais, il n’avait rien à dire et je me sentais mal à l’aise. Je lui ai dit que ça ne marchait pas. Il faut dire qu’il m’avait amenée à une place vraiment pas à mon goût : Balooze. Bruyant et enfumé.

Il était séduisant. P.P. est tout en grandeurs et longueurs, un beau brun souriant. Il est un de ces nouveaux métrosexuels en vogue : bien habillé, discret, parfumé, bonnes manières et cultivé. Il a un bon emploi, mais, beaucoup trop prenant. Son métier est sa maîtresse.

Je l’ai rappelé. Il m’avait dit, en avant de la station Berri, que c’était dommage d’avoir tout fait ça pour rien. Il parlait des démarches sur internet. Pour ma part, je trouvais ça assez normal. Mais, j’avais l’impression que ça avait décliqué en personne. Je l’ai rappelé parce que je me disais qu’il fallait bien que je donne une chance à quelqu’un à un moment donné ! Ça allait bien au début. Il était romantique et passionné. Mais, il me disait qu’il m’aimait souvent. Trop. Il m’appelait cinq fois par jour ou plus et on s’écrivait plusieurs fois par jour. J’en étais accro. On sortait à des endroits superbes. Je vivais un conte de fées.

Peu de temps après, malgré des petites chicanes, nous étions fiancés. Nous nous voyions plusieurs fois par semaine, faisions nos lunchs ensemble. L’affaire c’est que, justement, mon (très peu) d’argent causait problème. Faire des lunchs coûtait cher, sortir coûtait cher. Alors qu’il s’habillait dans les grands magasins, j’avais le même linge depuis plus de deux ans. J’avais un sentiment d’infériorité.

De plus, j’étais parano. J’imaginais qu’il avait une maîtresse. Il ne me disait rien sur ce qu’il faisait quand il n’était pas avec moi. Alors que je partageais presque tout avec lui, il ne me disait rien. Puisqu’il voyait encore son ancienne flamme, j’imaginais des choses. Quand il me posait des questions, c’était pire. S’il me posait des questions sur ma maladie, j’imaginais que c’était pour m’enlever les enfants qu’on aurait plus tard. Je voyais plein d’images dans ma tête. J’avais effroyablement peur de lui, parfois. On s’est mis à avoir de plus en plus de conflits. Il n’acceptait pas ma relation avec P.B. que je voyais très souvent et je n’acceptais pas sa relation avec son ex qui, elle, n’acceptait pas ce qui se passait entre lui et moi. Elle avait fondu en larmes quand elle avait su qu’on était fiancés.

L’argent me stressait. Ma job me stressait, sa job le stressait mais il ne m’en parlait pas. En plus de tout le reste qu’il ne me disait pas et de tout ce que j’imaginais. Son sens de l’humour ne fonctionnait pas sur moi et notre communication était défaillante. On ne se comprenait pas du tout. Deux fois, il a mis mes choses dans un sac en me montrant la porte. Il disait que je n’étais pas heureuse et que, voulant mon bonheur…

Je suis passée proche de partir, mais, je me disais que ça ne pouvait pas finir comme ça. Avoir su, je serais partie. Je voulais prendre mon temps pour le connaître alors j’ai pris un peu de distance. J’ai passé un peu plus de temps chez moi. Je me sentais abandonnée et rejetée. Je me demandais ce que je faisais de si mal. Puis, on s’est mis en tête de vouloir un enfant. J’ai arrêté la pilule dans l’optique d’être prête le temps venu. Ma mère prenant chaque fois plus de deux ans pour tomber enceinte et aucune de mes tantes n’ayant d’enfant, jamais je n’aurais pensé… La fameuse pensée magique. C’était supposé prendre du temps…des mois ou des années.

Un matin, le lendemain d’une très grosse chicane, je suis allée chez lui le surprendre, lui parler. On s’est pardonné. Puis, on a fait l’amour. En un an, on a seulement baisé. C’est la seule fois où on a fait l’amour et la seule fois qui compte, à mes yeux. Mais, j’ai su tout de suite que ça avait fonctionné. J’étais enceinte. Une fois, c’est tout ce que ça prend. On a passé au moins douze tests de grossesse. En premier, ils ne fonctionnaient pas. Puis, il fallait se convaincre.

Je ne voulais pas être enceinte à ce moment-là. On ne pouvait pas garder l’enfant. Mais, j’étais contente ou excitée. J’étais contente de pouvoir tomber enceinte et contente de l’être. J’étais immensément triste parce que je savais que je ne pourrais pas le garder. Je ne sais pas si P.P. était aussi heureux qu’il le dit. Mais, on voulait et on l’a annoncé à ma famille. Tout le monde était heureux. J’étais la première à être enceinte. Puis, je me suis mise à étouffer, à angoisser, à avoir peur de perdre mon emploi, à avoir peur de lui et de comment avoir un enfant va tout changer. Je me suis mise à me dire qu’effectivement on ne se connaissait pas assez et que j’avais trop peur de lui pour avoir un enfant avec lui. Si j’avais un bébé, je serais dépendante de lui pour toujours. Je serais obligée de l’avoir dans ma vie pour toujours. Est-ce que je l’aimais assez pour ça ? Un gars qui me courait après quand on se chicanait ? Un gars qui devenait imprévisible ?

On a eu une grosse chicane. Mais, il pensait que être enceinte annulerait mon envie de prendre mon temps et qu’il pourrait m’avoir pour lui, toute à lui. Il pensait que je recommencerais à dormir avec lui toutes les nuits, à ne penser qu’à lui, que je passerais moins de temps au travail et moins de temps avec P.B. Vu que je continuais à vouloir prendre mon temps, il s’est fâché et il a dit que peut-être ça serait mieux d’avorter. J’ai pété ma coche et j’ai dit que, ben oui, ok d’abord, c’est ça qu’il veut ? Ben, le rendez-vous du médecin du lendemain pour un check up pour garder le bébé, deviendrait un rendez-vous pour un avortement et je lui ai raccroché la ligne au nez.

J’ai tellement pleuré. Je me sentais punie parce que je voulais du temps. Je me suis rendue chez le médecin en pleurant, j’ai attendu dans la salle d’attente en pleurant. Les couples semblaient heureux et confiants alors que j’étais si malheureuse. La dame a su tout de suite pourquoi j’étais là, elle a appelé à l’hôpital pour moi. Je savais ce que je voulais. Mon rendez-vous était pour le 26. P.P. le deuxième voulait que je l’appelle après pour lui dire les détails. Je lui en voulais tellement. Le salaud. Alors que je lui dit la date de l’avortement, il me dit qu’il aurait aimé garder le bébé. Il pleuvait, il faisait froid, je me sentais seule. Mais, j’étais tellement fâchée ! c’était pathétique : je pleurais sur le coin de la rue. Seule sous mon petit parapluie.

J’ai détesté être enceinte. Je me sentais envahie par un Alien, fatiguée et déprimée. Mais, je sais que c’est cette relation si détestable qui m’a fait ressentir des émotions aussi négatives. Je savais que je changeais. J’avais un secret tellement lourd à porter et P.P. ne voulait pas que je lui en parle. Je lui ai tout de même demandé de venir à la clinique de l’hôpital avec moi. Je voulais qu’il soit là, qu’il voit. Je voulais qu’il ressente la même douleur que moi.

J’étais nerveuse. J’avais peur. Les docteurs m’ont traitée comme un numéro, comme un animal. J’ai subi un examen non nécessaire qui m’a fait mal, je pleurais, j’étais perdue. Au lieu de me tenir la main, Paul regardait les écrans en souriant. Il dit qu’il ne savait pas quoi faire. Est-ce trop demander d’être là ? Autrement qu’en présence ? Être là avec moi ? J’ai décidé d’arrêter les procédures et d’aller en clinique privée. J’ai lui ai fait payer , mais je suis allée avec Ma Sœur. Je savais qu’à cette clinique, le service serait personnalisé et que les gens seraient gentils et délicats. Je ne m’étais pas trompée. On a pris soin de moi du début à la fin. Quand je me suis réveillée, je ne me rappelais rien. J’ai pleuré, j’étais fatiguée, soulagée, triste. Je cherchais mon bébé, je ne l’avais plus. L’infirmière avait beau me dire que ce n’était pas un bébé, je pleurais chaque fois que je me réveillais. Ça a pris des jours avant que j’arrête de me demander ce qui s’était passé pour que j’oublie. Je ne regrette pas mon avortement, mais, pour moi, le fœtus était mon bébé. J’étais enceinte de seulement deux mois, je ne voulais pas attendre plus logtemps pour m’en débarrasser, ça commençait déjà à paraître.

Je n’ai jamais vraiment pu en parler avec lui. Même si je me sentais libérée, du bébé, du stress, j’ai rompu avec P.P. Après des mois, le sujet est toujours aussi inabordable. Il se sent coupable. Il m’en veut également. Je ne l’ai presque pas vu de l’été. Je ne l’ai pas appelé et j’ai effacé ses courriels. J’ai fait le ménage chez moi. J’ai descendu trois à cinq sacs verts remplis de vieux souvenirs. J’avais rencontré F.D. à ce moment-là et je voulais me débarrasser de mon passé, enfin. Ça faisait trop longtemps que je traînais mes souvenirs, alors, j’ai tout jeté ou presque : lettres d’amour, cassettes et CD, toutous, linge, bijoux, photos… Je me suis sentie plus légère.

Lorsque F. et moi sommes allés au chalet de ses amis, j’ai lancé ma bague de fiançailles dans le lac. Je ne voulais pas être tentée de la remettre et je voulais laisser cette partie de moi derrière pour avancer. Mais, c’est encore là.

Après F., j’ai pris du temps pour me retrouver et me convaincre et ça valait la peine de rencontrer quelqu’un de nouveau. Tous les hommes ne pouvaient pas être égocentriques, dépressifs, workaholics, incapable de communiquer et fous. Je voulais croire que j’étais bonne, fine, belle etc. F. ne me touchait pas, ne me disait rien de gentil et on se voyait peu. Avec lui aussi, les conflits se multipliaient. F. était un champ de mine. Sa dépression était lourde à porter et j’ai rompu. J’ai tout donné jusqu’à être épuisée.

À la fin de l’été, j’ai contacté P.P. Je voulais pratiquer un conte (j’étais conteuse aussi). Je voulais également voir si j’avais enfin passé à travers mes peines, ma colère. Mais, je ne comptais pas sur l’opération « Grosse Cruise » qu’il entreprendrait. Ce n’était nullement dans mes intentions de reprendre avec lui, mais, j’avais été négligée par F. Les flatteries de P. ont atteint leur but. Quand il m’a embrassée, je me suis laissé faire. Mais, je n’avais toujours pas envie d’être avec lui sauf sexuellement.

Pourquoi m’embarrasser d’une relation alors que je sortais d’une relation très douloureuse et que celle que j’avais eue avec P. avait fini lamentablement ? Plus le temps passait, plus je me sentais mal. Il y avait beaucoup de distance entre nous, par ma faute. Je ne voulais pas être touchée. Je traînais mon histoire avec F. J’avais énormément souffert et je me trouvais laide et grosse.

Je me sentais comme si je ne méritais pas l’attention que P.P me donnait. Enfin, le peu qu’il me donnait. Il était si raide. Il décide ce qui est mieux et le fait. Le soir où j’ai conté, il s’est levé et est parti. Il portait son manteau dès la fin de mon conte alors que je voulais écouter les autres conteurs. Il m’a à peine embrassée et est parti, raide comme un robot. Je ne sais pas combien de fois on a cassé.

Toujours est-il que chaque fois qu’on reprend, ça ne marche pas, ça empire. En automne, il s’est mis à avoir un « bloquage ». Il était encore plus distant. Les problèmes qu’on avait avant étaient encore présents. Mais, j’étais de plus en plus intolérante.

J’endure mal d’endosser les responsabilités de ces non-relations avec un homme qui a de belles qualités, de belles valeurs mais qui est incapable de les partager. P. est incapable de les partager mais, il est incapable d’aller chercher ce qui se trouve chez l’autre également. Je l’ai aimé mais sa distance ne m’aidait pas à sortir mes émotions.

Je n’ai pas envie d’être avec mon père. Je travaille sur mes émotions et sur mon passé. Retourner avec lui serait tout répéter. On se voyait de moins en moins. Moi, depuis le printemps, je voyais mes amis de moins en moins. Lui, voyait une certaine J. Il savait que j’étais jalouse. Pourquoi fréquenter une femme qu’il a commencé à voir dans le but d’avoir une relation avec elle s’il est revenu avec moi ? Il ne lui parlait pas de moi et il ne savait même pas si elle était avec quelqu’un. Après m’avoir dit que son ex était une bombe sexuelle, qu’elle aimait le sexe, « elle », il a fallu que j’entende que J. est une blonde séduisante. Super. Il ne m’a jamais présenté ses amis sauf quand on les voyait par hasard. Il ne m’invitait jamais chez sa sœur quand il y allait. Il ne me voyait pas le vendredi ou le dimanche, ne me voyait que quelques heures à la fois.

Ça laisserait songeur plus d’une personne. Puis, peu avant Noël, il m’a dit qu’il avait besoin de réfléchir, au moment où je commençais à lui faire un petit peu faire confiance quand même. C’était également au moment où j’avais vraiment besoin de lui. Je venais de porter plainte pour harcèlement sexuel contre M.L., un autre employé. Mon cœur s’est brisé. Je revivais un enfer d’abandon et de trahison. J’étais là, je voulais m’abandonner, je faisais tout ce qui était possible. Lui, ne me disait rien, vivait une vie loin de la mienne, et finissait par me dire qu’il voulait réfléchir.

Quand ma chatte est devenue malade, je l’ai appelé. Je voulais qu’il vienne avec moi chez le vétérinaire. Il est venu avec moi. Mais, il n’est pas resté pour me consoler. Je ne comprends tout simplement pas. Ma chatte avait dix ans, j’avais de la peine. Il est reparti chez lui. Il était fatigué, il avait une grosse journée le lendemain. Tout est prétexte à réflexion et une dénégation. Il me refuse tout ce que je demande.

Mais, je dois dire oui à ce qu’il me demande ? Il m’avait dit qu’il ne me laisserait jamais, qu’il serait avec moi même pendant les Fêtes. J’ai été seule. Je me suis sentie seule pendant l’avortement, pendant ces derniers mois. Il m’a laissée seule pendant trop longtemps. Comment un homme peut-il être aussi distant et penser que les choses peuvent s’arranger juste parce que lui, il le veut ? Comment peut-il passer à côté d’évènements aussi importants pour moi, me laisser seule et espérer que je vais continuer à le vouloir près de moi ? Il m’a demandé du temps que je lui ai laissé. Il devrait savoir que « loin des yeux, loin du cœur ».

La semaine passée, je le voulais encore. Je pensais que tout était possible. Je voulais qu’il vienne avec moi à Toronto. Il voulait voir une exposition au musée. Je l’ai achalé avec ça, je lui ai dit que j’aurais de la nouvelle lingerie (il trippe lingerie solide mais j’en achète pas! Je ne trouve pas ça pratique). Il semblait tenté. Il a dit qu’il fallait que je lui donne vingt-quatre heures ou quarante-huit heures. Il ne m’en a plus jamais parlé. J’ai arrangé mon voyage toute seule. Je ne veux plus qu’il vienne. Une autre fois, j’ai été recalée.

La dernière fois que je l’ai appelé, mercredi, j’étais de bonne humeur malgré une Saint-Valentin morbide et solitaire. Je l’avais appelé pour lui souhaiter une bonne Saint-Valentin. Il m’a souhaité la même chose. Ça a fini là.

Ce mercredi, il a encore parlé de réflexion et là, j’ai décroché. Je ne suis plus capable, je n’en peux plus. En couple, on se tient. C’est même lui qui disait que un est là pour l’autre à un moment puis c’est le contraire. Pourtant, tout ce que je vois c’est P. qui vit dans son monde tout seul, qui suit son beat et moi qui est forcée de faire la même chose parce que je n’ai pas le choix.

Mais, je n’ai plus le goût de m’embarquer, de m’engager et de voir que ça ne donne rien. Je m’oblige à vivre une vie qui ne me convient pas et je n’ai pas envie de continuer. Même si on passait plus de temps ensemble, P. finit de travailler tard et travaille le dimanche. Il faut que je l’écoute, il faut que je fasse ce qu’il veut, que je suive sa vie, sa voie, ses envies sexuelles.

Où est-ce que j’en suis ? J’ai peur des hommes et je pense que c’est pire qu’être fâchée. Je n’ai plus d’estime de moi-même. J’en veux à mort à un homme que je pensais aimer. Plus je suis seule, plus je veux être seule. P.B. m’a dit que P.P. n’est pas bon pour moi. Sincèrement, je crois que c’est vrai. On n’est pas fait pour être ensemble. Le seul moment de paix qu’on connaît c’est quand on ne parle pas du tout. Quand je ne parle pas c’est que je cache quelque chose ou que je ne veux plus parler. J’ai mal avec P.P. Pourquoi les choses changeraient-elles ?

Puis, les avantages que je voyais dans cette relation, qui est devenue une non-relation, n’existent plus. On a une sexualité inexistante, on ne se voit plus, on ne fait plus rien, il est encore plus fatigué que moi, on ne parle de rien, on a trop peu de points en commun et notre passé est trop lourd. Les points en commun qu’on a divergent. Notre communication est vraiment poche. Je ne suis pas capable d’accepter ses cadeaux.

P.P. est plein de belles qualités. J’ai eu beau essayer de le toucher depuis des mois, rien n’a changé. Il ne comprend pas le pouvoir des gestes et il ne comprend pas qu’il faut parfois se mettre de côté pour les autres. Il y en a qui l’ont et d’autres qui ne l’ont pas. J’ai longtemps cru que c’était moi qui ne l’avait pas. Je sais que je vaux plus. Je veux plus.