Il pleut

Je voulais aller au gym, mais la pluie m’emmerde. Vraiment. Ça me tente pas d’aller au gym avec mon gros sac et tout. Je vais peut-être attendre un peu que la pluie ralentisse. Mais, de toute façon, je suis supposée aller au café faire mes devoirs et je suis supposée aller à l’épicerie. Va falloir que j’aille dans la pluie anyway. Beurk. C’est tout griiiiiis !!

Regardez qui squattait ma galerie ce matin ! C’était la première fois que je le voyais. Très mignon, mais clairement abandonné. Sa queue était toute mince et abîmée.

Hate me / Blue October

J’écoutais la radio au travail, le poste Big R Radio – The Mix sur Itunes pour être plus précise, quand la chanson est passée.

« Hate me today
Hate me tomorrow
Hate me for all the things I didn’t do for you

Hate me in ways
Yeah ways hard to swallow
Hate me so you can finally see what’s good for you

I’m sober now for 3 whole months it’s one accomplishment that you helped me with
The one thing that always tore us apart is the one thing I won’t touch again
In my sick way I want to thank you for holding my head up late at night
While I was busy waging wars on myself, you were trying to stop the fight
You never doubted my warped opinions on things like suicidal hate
You made me compliment myself when it was way too hard to take
So I’ll drive so fucking far away that I never cross your mind
And do whatever it takes in your heart to leave me behind »

Je ne sais pas pourquoi j’ai écouté les paroles plus que celles d’une autre chanson. Peut-être à cause du « hate me » qui est à l’opposé de ce qu’on entend d’habitude.

En tout cas, ça m’a touchée. J’ai trouvé le vidéo sur Youtube et je l’ai regardé au complet (pas mon genre). Ça me fait penser à ma famille d’alcoolos, à moi et mon trouble bipolaire que les gens ont enduré…à tous ces moments où je voulais qu’on me déteste, qu’on me laisse tranquille. Combien de fois j’ai essayé d’éloigner quelqu’un avant que la personne ne « découvre » qui je suis ou avant que je m’attache ?

La grosse vie sale

Ça fait des années que nous sommes ensemble. Dès le départ, ça a été merveilleux, doux, gentil, calme. Platte mais sécurisant. Et je sais, ça. C’est ce que je voulais. C’est ça que ça me prenais pur m’engager.

Nous nous sommes rencontrés au travail. Nous étions collègues au département des bas-culottes, un emploi fortement convoité au La Baie Centre-Ville. Tout de suite nous avons vu que nous étions faits pour être ensemble juste à voir comment nous avions la même façon de classer les bas diaphanes, les bas de cotton, les bas genoux…un rêve. Voir ses mains carresser les bas Diam’s, ça me donnait des frissons. Le voir habiller les mannequins de plastique blanc, ça me donnait envie qu’il me déshabille les jambes en plein jour au milieu de l’allée du département. Ses mains étaient et sont toujours fines, douces, manucurées.

Je voyais une belle ligne droite. Pas de tournants, pas de croches ou de montées. Ni de descentes. Nous avons su tout de suite que nous avancions sur le même chemin vers la même destination. La mort, quand nous serions vieux et que le Jell-o vert avec des morceaux de pommes serait ce qui nous émerveillerait le plus pendant la semaine. On garderait la purée de pruneaux pour la fin de semaine.

Oubliez la rivière tranquille. Même la rivière tranquille est mouvementée comparée à ce qu’on vivait. Oui, je l’aimais. Je l’aime. Je ne sais plus trop.

Nous avions les mêmes envies au même moment. Nous disions que nous étions télépathes parce que nous complétions les phrases de l’autre. Nous voulions travailler chez La Baie pour toujours, vivre ensemble, avoir des enfants et une cave à vins. Nous rêvions de magasiner chez Breault et Martineau, de posséder un mélangeur Kitchen-Aid rouge.

C’est ce que nous avons fait. 15 ans plus tard, nous travaillons toujours chez La Baie. Je pense que c’est là que ça a commencé…quand j’ai décidé d’aller en cuisine. Un au rayon des bas-culottes et l’autre est parti travailler dans le rayon cuisine. Moi, je me suis séparée de notre couple au travail.

Deux semaines après notre rencontre, nous vivions ensemble dans un 3 ½ sur le Plateau. Le loyer est de 500$, une aubaine. Quand on le sait, quand on le sens, vous comprenez ? Quand on rencontre la bonne personne ? Nous avons laissé nos chums/blondes respectifs et j’ai paqueté nos affaires pour aller vivre avec lui. J’avais à peine 15 boîtes, une table et un four. Bye bye Ahuntsic, bye bye la Main. Bienvenue sur le Plateau. Pas loin de chez Farfelu et de Mont-Royal Hot Dog.

Pis, après une couple de mois, nous avons commencé à se pratiquer fort à faire des bébés. Mettons que se pratiquer fort c’était une fois par semaine, le mercredi soir, après les émissions. C’était peut-être pas assez fort…Mais, bon, nous avons décoré un coin du salon en vert sauge. Nous ne voulions pas de rose ou de bleu et le jaune me faisait penser à la possibilité d’avoir un citron comme enfant. C’était un peu serré.

Quand nous sommes enfin tombé enceinte 6 mois plus tard, nous avons pris panique. Nous n’avions même pas de vraie chambre pour le bébé ! Pas de porte pour notre propre chambre ! Pas de place pour une poussette ! Nous sommes encore déménagés. Quelques rues plus loin, on a pris un 6 ½ parce que nous voulions avoir plusieurs enfants. Avec un peu de chance, zéro citron.

Moi, j’ai toujours pensé que c’était ça, la vie. Travailler, se marier, avoir des bébés. Pis une tondeuse ou une cave à vins. Aller chez Breault et Martineau en se tenant la main. Si on est à l’aise, tout avoir. La grosse vie sale. Nous avons toujours pensé ça. Pis à deux, ce que nous pensions est devenu plus fort puis une réalité.

Là, nous avons même notre cave à vins dans la pièce à débarras. Nous aimons feuilleter la circulaire de la SAQ. Nous choisissons ce qui est en spécial. C’est pas mal ça, c’est vraiment amusant. C’est pesant quand on revient à la maison et nous avons un sentiment d’accomplissment en plaçant les bouteilles dans le rack Ikea. je me sens presque éduquée, intelligente, cérébrale (c’était un de mes mots du jour sur le calendrier cette semaine).

Maintenant, j’ai tout, tout, tout ce que j’ai toujours désiré. J’ai réalisé mes rêves. Alors, je passe à autre chose. C’est beau la grosse vie sale, mais je m’ennuie. J’ai accouché il y a quelques semaines, la cave à vins est remplie (le rack est plein, il n’y a plus de trous où glisser les bouteilles) et j’ai eu la job de mes rêves. Il est temps que j’essaie autre chose !

Peut-être que je pourrais viser plus haut ? Avoir une galerie, rencontrer quelqu’un avec qui le bonheur ne sera pas aussi facile, simple et tranquille ? Peut-être que je pourrais avoir un passe-temps ou deux. Le tricot ou le crochet peut-être. Le macramé, c’est dépassé, bien dommage.

En tout cas, c’est pas mal ça. 32 ans, mes rêves ont été réalisés. Je trouve que j’ai eu une vie accomplie. Je l’aimais, je pense que je l’aime encore. Je pense. Ouin.

Je lui laisse le bébé, la cave à vins et la future tondeuse. Il sera heureux, il voulait la même chose que moi. Je vais aller travailler chez Simon’s où de nouveaux défis m’attendent.

Surprise

11 mai 2007

Comme quoi la vie réserve des surprise. Alors que mes soeurs n’ont toujours pas répondu, mes parents ont répondu de la France.

Bonjour,
Nous venons de recevoir ton message et nous sommes contents que les choses soient dites sur la facon dont tu ressens les choses.
Nous ne sommes malheureusement pas tres organises pour te repondre longuement car nous sommes dans le hall d’ un hotel.
Nous en discuterons si tu veux bien, a notre retour.
Nous t’embrassons tres fort,

A bientot, Maman et P. XXXXXXXX

Bien sûr, je suis soulagée par cette réponse. Je me sens moins abandonnée. Après tout, ça fait des semaines que je me sens en peine d’amour. Parce que c’est ce que c’est, une peine d’amour, je fais le deuil de ma famille. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Ça faisais depuis le mois d’octobre que je n’avais pas parlé à Ma Soeur. J’attendais qu’elle réalise qu’il se passe « quelque chose ». Rien. Jusqu’à ce qu’elle me dise que je peux aller chez ma marraine à la Fête des mères puisqu’elle ne sera pas là. Soit elle n’est pas très perspicace, soit elle ne veut rien savoir. Je penche pour la deuxième option.

C’est bien plus facile de faire semblant de rien. Glou-glou-glou. Let’s go, on planifie des Garden Partys, on s’achète des p’tits souliers, on peinture la maison, on mange des crevettes, la vie va être plus belle. Y’en aura pas de problèmes si on mange du steak à 13$.

Frrrrr.

Le temps me passe dessus

30 janvier 2005

C’est pratique un ordi. Ça permet d’écrire des messages en étant assis n’importe où. Présentement, je suis assise dans mon lit. Il est 22h47. Je devrais me coucher, mais, ça fait une demi-heure que je m’obstine à vouloir regarder un DVD qui ne fonctionne pas parce qu’il est rayé alors je me retrouve encore seule avec moi-même.

Je ne sais plus ça fait combien de temps que je regarde des séries télé en DVD. Je ne sais plus ça fait combien de temps que je me sens comme je me sens ni combien de temps que j’éloigne tout le monde ou que… Je ne sais plus ça fait combien de temps que j’ai arrêté de compter le temps. Plus on compte plus on se rend compte qu’on s’enlise ou que le temps passe ou que ça ne fait pas si longtemps finalement.

Je n’aime pas le temps qui passe. Mais, je sais pourquoi je regarde la télé, pourquoi je ne veux plus me lever, pourquoi aujourd’hui je ne suis pas sortie, je n’ai pas pris ma douche et pourquoi je n’ai plus envie de manger. C’est parce que je n’ai pas de raisons de le faire. Personne ne peut me convaincre que j’en ai puisque je n’en suis pas convaincue.

Tu as essayé alors ce n’est pas ta faute. Je m’excuse de toute la merde que j’ai levée. Je m’excuse d’avoir enfin réussi à t’éloigner, d’avoir enfin réussi à te convaincre qu’il n’y avait rien et que nous deux, ça ne valait pas la peine. Est-ce que je voulais que ça ne marche pas ? Je voulais que ça marche en maudit. Mais, je n’étais pas capable.

Je ne suis pas capable avec le petit à petit que tu pouvais me donner. C’est un bon plan, mais je ne suis pas capable comme ça. Je te jure que j’ai essayé de bien des façons. J’ai considéré bien des façons d’être ensemble : amants, amis, amoureux, avec ou sans sentiments. Rien ne me calmait, rien ne me satisfaisait émotionnellement, rien ne me permettait de fonctionner sans ta présence. J’aime passer du temps avec toi. La formule que tu proposais aurait fonctionné si je n’avais pas été gâtée par nos débuts.

Finalement, la culpabilité l’a remportée. Finalement, ma mauvaise estime et ma paranoïa ont pris le dessus. Mes sessions avec la psy pour essayer de me raisonner ne fonctionnent pas très bien, hein ? J’en suis au même point. Quand je suis entrée dans son bureau, un des points majeurs était ma relation avec toi. J’étais insatisfaite de moi. Je sais que je me sauve, que je suis irrationnelle. Je l’ai toujours été. Ma mère l’est, mes sœurs le sont. J’ai toujours trouvé des hommes qui me disaient : « tes qualités et ce que tu vaux le remportent sur le reste ». Mais, là, à trente ans, je commence à avoir de la misère à le croire. Je viens de perdre quelqu’un qui était vraiment bien. Et je ne pense pas que je serai capable de trouver quelqu’un qui soit capable de m’endurer. Même si on me dit que oui.

Est-ce que je serai capable d’être en relation, un jour ? Est-ce que je vais trouver quelqu’un, un jour ? Il me manque quelque chose sans quelqu’un à mes côtés. Tu es un solitaire. Moi, bien que j’aime habiter seule, j’aime être avec quelqu’un malgré tout. J’aime me sentir spéciale et avoir le sentiment, sentir, qu’il y a quelqu’un qui compte pour moi. J’aime ne pas avoir mal quand j’aime. Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas eu mal en aimant. Tu m’as dit que j’avais l’air de penser beaucoup. Même en dormant. Je n’ai pas répliqué au moment. Mais, oui, je pense beaucoup. Je suis incapable de ne pas penser. Je suis comme ça. Et oui, même en dormant.

Dernièrement, la nuit quand je me réveille, je pense automatiquement à ce qui se passe entre nous. Je mets du temps à me rendormir et, des fois, je pleure. Je m’ennuie. Ton nom est le dernier mot qui me vient en tête le soir avant de m’endormir et tu es la première personne à qui je pense en me réveillant. Mon premier réflexe est de prendre le téléphone pour t’appeler. Je ne le fais pas toujours parce que tu pourrais dormir ou parce que certains matins je suis très de mauvaise humeur.

Les DVD servent à m’anesthésier, à moins remarquer ce temps qui passe longuement sans toi, à moins penser, à moins tout analyser, à me donner moins envie d’appeler. Est-ce que ça fonctionne? Bof. Ça dépend. Des fois, je finis par me coucher à minuit vingt. Je me réveille complètement sonnée le lendemain matin. C’est comme ça que je coule au fond, doucement.

À un moment donné, je vais arriver au fond, taper du pied pis remonter. Un jour, je vais arrêter de me cacher, d’avoir mal, de me sentir dégueu à cause de M., de Clochette, de nous deux, de F., du bébé, de la vie, de ma job, de la voisine qui pitche des biscuits dans l’escalier, de ma stagiaire qui a des cheveux mal teints, des collègues qui m’énervent, des gens qui boivent, des p’tites grosses en sweat pants roses, des gars en shorts serrés pis esti je vais remonter prendre l’air. Je vais arrêter de faire pitié, pôvre petite fille.

Je pense que je n’ai jamais rencontré un gars avec qui c’était agréable de faire l’amour de bout à bout et qui ne voulait plus jamais le faire. C’est vraiment bizarre. Je me sens encore moins hot. Il faut dire que moins je le fais et moins j’ai le goût. Il paraît que ça va revenir.

Mais, je me sens morte à l’intérieur. C’est comme si on avait éteint la lumière. Je me sens éteinte, là, en-dedans. C’est une des raisons pourquoi j’éloigne les hommes depuis un bout. Je suis méchante avec tout le monde. Mais, avec les hommes, je deviens encore plus cynique ou froide. Je ne veux même plus d’affection ou en donner avec qui ça a tout le temps été naturel. Comme toi.

Mais, est-ce que ça a toujours été naturel ? Mes barrières, c’est mon instinct et mes sentiments. Des fois, à l’intérieur quelque chose me dit que non, il ne faut pas que je le fasse, qu’il faut que je me pousse ou que… je me pose des questions.

S’assumer c’est se connaître assez pour savoir qu’on va faire connaître l’enfer à l’autre personne et lui dire dès le début. Si l’autre veut pas t’écouter, à un moment donné, qu’est-ce que tu peux faire de plus ? J’essaie de travailler sur bien des choses. Mais, je ne serai jamais capable d’effacer les faux-plis de mon enfance. Je ne ferai jamais confiance à 100% à quelqu’un à moins d’être sûre de ne pas être abandonnée. Et je vais lui faire passer des tests ou la vie va s’en charger. Je vais accepter les gens seulement après avoir été assez proche assez longtemps assez régulièrement pour ça. Je suis comme ça. Et l’amour ne sera jamais facile parce que c’est comme ça même si je veux que ça soit facile.

Mon père me maltraitait quand j’étais encore un bébé. Ma mère me sacrait des volées. Je suis habituée aux engueulades quand les gens s’aiment. Je viens d’une famille dysfonctionnelle. J’ai peur de m’attacher parce que ça veut dire que la personne va prendre avantage de mes sentiments, va m’abandonner, va me faire sentir comme de la merde. Très peu de gens ont réussi à me faire sentir sécure.

Pour moi, l’amour c’est la mort. Depuis les premiers moments avec toi, j’ai eu peur que tu partes. Je voulais tellement régler ça avec la psy. Puis, tu es parti. Et, je suis morte. Je sais que je ne devrais pas revenir là-dessus. Tu t’excuses. Mais, je ne suis pas passée à travers encore.

Comment on fait pour ne plus avoir mal ? Comment on fait pour ne plus pleurer tous les jours ? Dites-moi, docteur, j’ai cette barre dans la gorge quand je pleure. Elle n’était pas là avant.

16 avril 2009: Le jour où ma psy a cassé avec moi

Even if I was real depressed last week, even if I think I have more to say (don’t know how to say it but I know there are somethings left unsaid), even if I feel lonely and am afraid of having noone to talk to… My therapist thinks it’s time for me to think about ending the therapy. I don’t have to go now, I can choose in how much time I leave….but I have to think about it and when I came home at the end of the session, I cried like a little kid.

I feel so sad that I have to end it. I knew it would come, I was already thinking about it but it’s different to live it. After crying a while then eating a hamburger with fries, I started making a list of what I could do with all the money I won’t pay every month.

My boyfriend tried to cheer me up and all. He’s so sweet. But I felt rejected and abandoned. It felt like I had done something wrong and she was getting rid of me.

I felt crappy for days and depressed for weeks like I was ending a relationship. Which I was because we had been seeing each other for four years. So she thought it was time to end it but I had to make the decision on when to end it.

Lettre à mon père

Avril 2006

Je suis fâchée après toi. Je reproduis tes comportements, je suis méfiante à cause de toi. Mon cœur est emprisonné à cause de toi. Et pourquoi ? Pour cause de négligence ? Après tout ce temps, on pourrait penser que je m’en serais remise.

Mais non. Surtout que j’ai revécu ces blessures-là avec d’autres hommes. L’abandon, le rejet, le manque de communication. C’est assez banal quand on y pense. Alors pourquoi ça fait aussi mal ?

Pourquoi l’engagement fait-il aussi peur ?

J’ai peur d’être abandonnée si je m’attache, d’être rejetée si je m’exprime. J’ai peur de revivre l’indifférence. J’ai peur de me sentir seule à deux, seule dans mon couple comme j’ai été seule avec toi. Comment quelqu’un peut-il être aussi entouré de murs ? Te rends-tu compte que tu m’as rendue comme toi ? Je suis prisonnière de moi-même. Dès que je saute mes barrières, baisse la garde, les murs remontent plus solides.

Je n’avais pas le droit d’être moi-même. Je n’étais pas assez bien. Du coup, je ne suis bien pour personne. Je porte ça en moi.

Si tu partais, ne revenais pas, ne m’appelais pas, c’était ma faute. Qu’est-ce que j’avais fait ? Pourquoi tu ne m’aimais pas ? c’est ce que je me demandais. Maintenant, je sais que ce n’est pas ma faute. Mais je t’en veux encore de m’avoir fait vivre ça parce que ça m’affecte encore.

Comment as-tu pu oublier nos dates de fête ? Ne pas nous appeler toutes ces années ?
Comment as-tu pu nous laisser seules alors que tu travaillais ? C’était la fin de semaine. Je voulais être avec toi.
Comment as-tu pu être assez irresponsable pour nous laisser louer n’importe quel genre de films débiles avec des femmes nues ?
Comment as-tu pu me demander de garder le secret sur ce que tu as fait à Ann ? Comment as-tu pu lui faire ça ?
Tu ne te rends pas compte de ce que ça m’a fait. De ce que ça me fait encore.

Je suis fâchée après toi pour toute les fois où tu as fait des remarques sur mon corps quand j’étais petite. Mon corps m’appartiens. Mes seins n’ont pas à retenir ton attention ni mes fesses. Tu es mon père. Je ne suis pas pour toi. Je ne suis pas un objet de désir pour toi. Je ne veux pas être touchée et je t’en veux pour toutes les fois où je t’ai dit que je ne voulais pas l’être et tu l’as fait quand même. Je n’aime pas être claquée sur les fesses et je ne tiens pas à être près des gens. J’aime avoir ma bulle.

Et je suis fâchée pour toutes ces fois où tu as prétendu revenir dans nos vies, où je t’ai cru. Tu es reparti, tu es disparu. Pourquoi cette fois-ci serait-elle différente ?

Et pourquoi croirais-je que tu bois moins quand moi, je te vois boire chaque fois que je te vois ? Tu es comme maman, c’est ça ? Je te donne envie de boire ? Tough luck.

J’ai décidé d’entrer en thérapie l’année passée après t’avoir vu. Je n’en pouvais plus. Je n’en peux plus de ton comportement. J’ai claqué la porte sur l’idée de recevoir ton amour, ton affection, sur l’idée d’avoir un père responsable il y a des années. Mais, je voulais voir quand même si pour une fois tu pouvais tenir parole. À midi, tu étais à la Légion. Pfft. C’était perdu d’avance. A. va te donner son support puisqu’elle est alcoolique. Moi, je ne crois plus rien.

À la fin de cette journée-là, tu m’as perdue. Si tu voulais être mon père, tu n’avais qu’à l’être quand c’était le temps. J’ai 31 ans. Tu avais 31 ans pour être mon père. J’ai couru après toi trop longtemps. Tu ne peux pas espérer réintégrer ma vie en claquant des doigts.

Tu pourrais me demander ce que je veux de plus que des excuses. Rien. Un jour, tu vas mourir et je vais regretter que nos choses ne se soient pas arrangé. Je sais ça. Mais, rien ne peut arranger ce que tu nous a fait, ton absence ni le fait que tu boives. Rien ne peut racheter que A. boit aussi et que moi je suis complètement fuckée.

Est-ce que ça fait du bien d’écrire ces choses-là ? Oui. Je crois.