D’un bord du mur à l’autre


J’ai mis des photos de famille sur Facebook hier. Des photos de quand j’étais petite. J’ai vu que dans mes photos d’enfance, si je suis avec ma mère, elle me regarde presque tout le temps.

Pis c’est drôle parce que quand je suis chez elle, en personne, elle fait encore ça. Elle me regarde. Tout le temps sauf si elle est en train de couper des légumes ou de cuire un oeuf…

Si elle a bu, elle me regarde encore plus! Elle me suit, elle me cherche. Ben ben fatiguante.

Ça se peux-tu qu’elle m’aime trop ? Ou ça se peux-tu qu’elle se demande qui je suis ? Un peu quand je regarde mon chat et que je me demande à quoi il pense, qu’est-ce qu’il fait, d’où il vient.

Je sais que je suis une étrangère pour ma mère. Je sais qu’il y a toujours eu un mur entre nous deux et que c’est pas maintenant que je vais le faire baisser. Je vis avec le mur, mais elle, elle vit mal avec. Elle n’arrive pas à me rejoindre.

C’est sûr qu’une mère alcoolique, ça donne pas envie de se rapprocher. Surtout avec toutes les affaires plattes qui se sont passées et dites.

Mais, je sais qu’elle m’aime et je l’aime aussi. Elle le sait mais elle ne le croit pas.

Et elle me regarde tout le temps. Elle me dit qu’elle m’admire, que j’en ai donc fait du chemin, que j’ai l’air mieux. Pis, elle me regarde.

Je me sens en-dessous du microscope.

C’est drôle, je pense que je lui fait la même impression.

Je l’ai tellement regardée pour savoir où elle était rendue dans son verre, pour voir son humeur, pour voir si elle m’approuvait, si elle était contente de moi.

On se regarde de notre bord de mur depuis toujours. Je la regarde, méfiante. Elle se sent jugée. Elle me regarde, admirative. Je trouve ça achalant.

Publicités