Solitude à deux



Aujourd’hui, j’ai dîné avec mon amie V. Mon amie V. que je n’ai pas vu depuis deux ans. La meilleure coéquipière pour les travaux d’équipe. Avec elle, ma job irait cent fois plus vite.

En deux ans, il s’en passe des choses. Pas d’appels, pas d’emails.

On ne savait pas de quoi parler alors on parlait en général…travail, enfants, chums, maison et rénos, souvenirs des études qu’on a fait ensemble. Les choses ne changent pas. Pour sa fête, elle n’a rien fait de spécial. Son chum ne l’a pas fêtée.

Il y a quelque chose de réconfortant à être avec quelqu’un que je connais depuis longtemps. V., je la connais depuis 1994. De la savoir dans ma vie me soulage. C’est comme si je n’étais plus seule à porter qui je suis, comme si j’avais de la compagnie avec mon passé. C’est réconfortant de ne pas avoir à tout expliquer parce que la personne sait.

Pendant ces deux ans-là, j’ai douté de notre amitié. C’est long deux ans sans voir une amie. Une amie qui a rencontré Prince Charmant et Fiancé. Elle m’a connue avant, pendant, les médicaments. Elle m’a vue rire, pleurer, crier. Elle m’a vue le cerveau à 150% puis à 40%.

Ça faisait du bien de la voir. Je ne savais pas trop quoi dire, on est pratiquement devenues des étrangères.

Mais, je la connaissais avant R., avant les enfants et la maison, avant qu’elle devienne sage, avant le REER.

J’ai souvent mentionné la solitude à deux. En couple, la solitude à deux est dure à porter. C’est se sentir seul alors qu’on a quelqu’un avec soi, une douce moitié. En amitié, la solitude à deux, c’est sentir qu’on porte la solitude de l’autre avec la sienne. La solitude à deux en amitié, c’est partager la solitude.

Ça m’a fait penser à quand j’ai revu P., dix ans après toute notre histoire. Tout à coup, je me suis sentie plus entière. Je ne savais pas que j’avais un trou à l’intérieur de moi. Quand je l’ai revu, le trou s’est comblé et je me suis sentie moins seule. Comme si tout mon passé revenait.

En fait, j’ai l’impression que V. et P….et H. et tout le monde, se promènent avec des bouts de moi, une partie de moi. Quand je les vois, ces bouts-là se recollent. C’est réconfortant. Pas d’explications à donner, ils savent, ils ont vu, entendu, ont été là. Ils me connaissent.

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