C’est un p’tit monde


Qui aurait cru qu’il y a un monde des librairies ? Il y en a pourtant un. Il semblerait que j’en fasse partie à mon grand désarroi. Oh, c’est pas grand-chose. Juste assez pour donner mal à la tête et me donner à penser « Ça y est, je suis grillée. Je ne pourrai plus jamais me présenter la face sur la rue une telle ! ».

Les libraires forment une communauté, ils se parlent, cancanent. Ils s’achètent des livres pour les revendre plus ou moins cher. Se traitent de cons pour ne pas avoir remarqué qu’ils avaient tel ou tel trésor en main.

Parmi certains de mes amis et collègues, je suis reconnue comme étant la « bibliothécaire » (mais je n’en suis pas une), celle qui lit tout le temps, connaît toutes les librairies, a toujours des livres à recommander. J’achète souvent des livres et je les prête, j’en donne, j’en revend. Avant, mon idée de vacances c’était les librairies et les bibliothèques. Mettons que ce qui suit a changé les affaires. Ça et le fait que, voyons donc, il y a autre chose que les librairies et les bibliothèques dans la vie ! Il y a Martha Stewart.

Quand j’ai changé de travail, j’ai utilisé les ressources de la Grande Bibliothèque à la place. Je dépensais moins d’argent. C’était difficile de résister à l’urgence d’acheter des livres, mais, faisable. Toutefois, je fréquentais de plus en plus la librairie à côté de l’université. C’était tout près, les gens étaient gentils, le stock, intéressant.

Elle est géré par trois gars. Comme je dis, gentils. Le Fumeur, Le Disquaire, et Le Libraire…qui a fini par me demander si je voulais sortir. À force de se voir puis de se recroiser à telle place, à telle autre librairie et partout, il s’est mis dans la tête que ce n’était pas un hasard, qu’on était fait pour être ensemble. Même si je crois « qu’il n’y a pas de hasard », j’étais dubitative. Mais, j’avais envie de croire à ça un peu, l’idée que j’étais faite pour être avec quelqu’un. Quoi ! J’avais encore des illusions dans le temps.

J’étais gênée quand il m’a demandé si je voulais aller souper. J’étais aussi au plus creux de la vague cet hiver-là (je venais de finir ma relation avec Mon Monsieur). Il a toujours su capter les creux, même à distance. « Et si c’était ma seule chance de ressortir avec un gars ? De toute ma vie, à jamais ? » Voilà ce que je me suis dit. Voilà pourquoi j’ai accepté.

L’autre raison que les gars ne comprendront jamais c’est qu’il me l’a demandé, LUI. Eh oui, aussi impoli, arrogant et Français qu’il soit, aussi grossier et misogyne qu’il soit, il me l’a demandé, LUI. Pathétique ? Peut-être. Mais, des fois, il faut prendre des chances. Surtout dans la trentaine. Tant qu’on le fait pas, on peut pas savoir. C’est un peu comme essayer du céleri avec du beurre d’arachides, des toasts au beurre de pinottes avec de la mélasse ou des chips all-dressed mélangées avec des M&M. Tant que t’essaies pas, tu peux pas savoir que c’est bon. Même chose avec des choux de Bruxelles, les hamburgers de la cafétéria ou le pain doré du Cora sur Mont-Royal. Tant que t’as pas essayé, tu sais pas que c’est pas mangeable, borderline à dégueuler pour deux semaines. Le goût et la texture restent en mémoire et hantent nos souvenirs gustatifs !

Les gars pensent peut-être qu’il faut attendre que la fille tombe nue, par hasard, dans leur lit ? Qu’il suffit de dire bonjour ou de sourire ? Eh bien, pas dans mon cas. Pour moi, un gars qui se contente de dire bonjour ne veut pas dire qu’il est intéressé.

Quand Le Libraire a commencé à me faire des rabais, je me suis dit « Ah. Il doit vouloir que je revienne vu que j’achète beaucoup de livres. » Logique. Puis, il a commencé à me dire salut et à me poser des questions, à retenir ce que je disais et à me suivre dans le magasin. Oui, ce gars-là est bizarre. Mais pas plus que tous les gens que je connais dans le domaine livresque. Moi inclus. Il devrait y avoir des psys juste pour nous.

Une autre chose, je sais d’expérience qu’un gars trippe jamais vraiment sur une fille si c’est la fille qui fait les premiers pas. Il va se laisser convaincre. Si c’est lui, il peut aller jusqu’au bout du monde pour elle. De toute façon, quel gars va dire non à une fille qui se propose ? Voyons donc. Le gars a une chance de scorer. Je connais assez de gars pour savoir que même en couple, les gars ne refusent pas très souvent la chance de mettre la puck dans le but. Ou s’ils refusent c’est qu’ils patinent quand même partout sur la glace. C’est vrai quoi. Mon amie dit toujours que un serveur d’un café où on va souvent, m’a dans l’œil. Juste parce qu’il me sourit. Franchement. Si c’était vrai, ça ferait des mois qu’on aurait dépassé le stade du « Bonjour, ça va? ». Et ceux qui disent que les gars sont gênés ? C’est de la bullshit. Quand un gars est intéressé, il fonce comme un terrier ou s’il est vraiment gêné, il se déniaise. Ça sort tout croche, mais ça sort !

Comme Le Libraire. Pas d’excuses à faire du genre il est gêné, il s’est cassé le doigt, il travaille demain, il est au chômage, il a des poux, il est puceau, il a l’herpès…blablabla. Il veut ? Il peut. J’en ai vu de toutes les couleurs. Y’a rien qui arrête un gars qui veut sauf un coup de feu…je pense.

Anyway, j’ai dit oui et c’est comme ça qu’on est allé souper. Ceux qui me connaissent savent que je suis bien bonne pour tolérer l’intolérable. D’autres disent que je décroche trop vite. D’autres comprennent rien.

Dès le premier soir, j’ai su que ça ne pourrait JAMAIS marcher. Voyons donc. Le gars s’est perdu trois fois en se rendant, mange avec ses doigts et mange la bouche ouverte en faisant du bruit, parle la bouche pleine, boit en faisant du bruit. Il n’y a pas une règle de bienséance qui n’a pas été brisée ce soir-là ! (Par moi aussi puisque je me suis ramassée chez lui…avec mon pyjama bien remonté jusque sous les bras mais tout de même). Je suis d’accord, me dire que je suis belle et fine fait gagner bien des points. Surtout après certaines des relations que j’ai eu (certains blogues vous confirmeront les creux de vagues). Mais, il est intense, insistant et semble…désespéré. Finalement, je me suis dit que peut-être que je pouvais essayer de voir si mon instinct se trompait ?

AH. Fat chance.

Le Libraire dit que j’ai même pas essayé. Hey, j’ai pas essayé…Ça a pas d’allure se fendre en quatre de même pour un gars qui vaut pas la peine. Le gars qui m’a dit « je savais pas que t’avais un frère » à propos d’une photo de moi, par exprès, devant son collègue, c’est lui. Il regrette encore ses paroles.

Après les très mauvaises manières, le manque d’écoute, le manque de soutien, l’obsession sexuelle dont il a fait preuve (hum, il en fait encore preuve), il est chanceux que je n’ai pas sacré mon camp avant avec Le Disquaire pour me venger ou que je n’ai pas mis les normes du travail sur son dos! Ou que je ne sois pas parti avec un autre libraire de la rue Mont-Royal. Il y en a qui sont vraiment, vraiment à croquer. Et qui semblent lire aussi. Très bon, ça, la lecture. D’ailleurs, c’est une des qualités que je croyais que Le Libraire possédait, le goût de lire, la culture, la curiosité. Oups, ça fait plus qu’une. Encore une fois, j’ai attribué à la personne des qualités que j’estimais reliées au travail, donc, à la personne qui faisait le travail. My Bad.

Ça m’a fait avancer plus que n’importe qui aurait pu penser cette relation-là…semblant de relation. J’ai fini par casser parce qu’il travaillait trop, passait trop de temps avec sa cousine, préférant même ne pas la laisser seule plutôt que venir chez moi ou m’invitant à les accompagner elle et lui plutôt que faire des choses avec moi, juste moiiiiii. Déjà qu’on avait coupé parce que j’aime passer du temps seule, là, je ne le voyais plus et quand je le voyais c’était au travail ou avec elle.

Après toute la merde que j’avais enduré, dont l’affaire de la photo avait été la goutte qui avait fait déborder la piscine déjà bien remplie (est-ce que j’ai mentionné qu’il avait commencé à laisser des choses chez moi dès la troisième semaine? Qu’il fouillait dans le fridge, horreur? Qu’il croyait que mon appart était aussi le sien?), ses relations que je jugeais ambigues avec sa cousine et ses collègues féminines, plus quelques autres trucs ont été juste assez.

J’ai arrêté de lui parler, je n’ai plus été à sa librairie ni aux autres pendant deux mois. Le marché livresque a périclité. C’est ma faute si l’été passé le marché du livre a autant baissé à Montréal. Mea culpa, Mea maxima culpa.

Mais, j’ai continué à aller à la librairie après avoir arrêté. Puis l’hiver passé j’y ai travaillé, réveillant ses ardeurs. Et les miennes. Oui, j’avoue au monde entier que nous avons forniqué une fois de plus. Encore une fois, il m’a pris dans le creux de la vague, au plus bas alors que ça allait mal à cause d’un autre gars, et j’ai beau avoir dit non des centaines de fois, il est arrivé un moment où, c’est con, je n’avais plus d’excuses pour la première fois de ma vie.

Ce qu’il peut fatiguer une fille, lui. Le lendemain, j’étais encore plus fatiguée.

Plusieurs mois plus tard, j’ai raisonné, tempêté, écrit, parlé, chanté. Puis, j’ai arrêté de répondre au téléphone. Éventuellement, il allait comprendre, hein, que non seulement c’était fini depuis très longtemps mais que je n’irais pas en voyage avec lui et sa cousine (une autre) cet été. C’est gentil, les invitations à voyager, à souper, à dormir. Mais, non, pour n’importe quelle raison, c’est toujours non dans ma langue. Et c’est la seule qui compte. Dès que je dis non, ça devrait arrêter là.

J’ai arrêté d’aller à sa librairie. Il appelait, je ne répondais pas. Puis, un jour j’ai répondu parce qu’à cette heure-là j’étais sûre que c’était mon amie qui m’appelait en rentrant de travailler. Elle venait de faire euthanasier son chat. Ça aurait pu être mon autre amie, elle vient de casser avec son chum. C’était lui. Soupir. Je crois qu’il a compris. Je lui ai dit que je n’irais plus chez lui, à sa librairie, parce que c’était trop dur d’être moi-même quand il était là (je deviens folle un peu, l’extrême maniaque de ma personnalité, je fais des choses dingues, je deviens déraisonnable et hors de contrôle) et que j’étais tannée de me faire inviter en voyage ou à souper. Je ne veux plus aller souper avec lui pour les mêmes raisons. Non seulement ça, mais, je veux me faire le Disquaire et puisque c’est impossible je dois partir à Pohénégamook.

C’est alors qu’il me dit qu’il a menacé le Disquaire de lui péter les genoux s’il arrivait quoi que ce soit avec moi. Ah. Bon. Ça doit être pour ça que je n’ai pas eu de propositions indécentes dernièrement.

Et est-ce que ça veut dire qu’on ne peut pas sortir des fois ou coucher ensemble qu’il me demande ? GROARG. Pas question ! Il raccroche en disant que c’est dommage. Ouin, c’est ça. J’ai besoin, moi, de me faire roter et péter dans la face. C’est TELLEMENT romantique.

C’est alors que je découvre une nouvelle librairie sur une certaine rue. Je crois m’être sauvée de la librairie, de la honte de cette relation. J’ai une migraine épouvantable et des vertiges ce jour-là. C’est la deuxième fois que j’y vais, je reconnais le gars derrière le comptoir parce qu’il travaillait ailleurs avant, on se sourit et c’est alors que je paie mon livre qu’il me demande : « C’est toi qui a sorti avec…? »

AH, putain, je n’y échapperai pas, je suis grillée. Je pensais m’être sortie de la schnoutte et je retombe dans le crottin. J’essaie de passer inaperçue à la librairie x, chez telle autre libairie…à une autre où tout le monde passe inaperçu, c’est pas dur, je ne suis qu’une cliente parmi tant d’autres…et là, BAM!

Je n’y allais plus à celle de mon ex mais on m’en parle ! Je n’ai pourtant pas sorti avec Brad Pitt ni circulé à poil dans la Grande Bibliothèque à 17h à ce que je sache. Je suis seulement sortie avec un libraire quelques malheureux mois. Moi qui trouvais que ce gars-là avait l’air gentil, qu’il avait un sourire charmant…il se met à me parler de Lui. Il a perdu des points, là.

Et moi, j’embarque comme une belle imbécile. J’en ai perdu une couple, de points, à mes yeux. Le pire c’est qu’il l’imite à la perfection au point de me donner la nausée. Et là, je me dis, mais c’est qu’il l’a observé et analysé autant que moi pour pouvoir l’imiter aussi bien. Il semble presque le détester. Il le méprise en tout cas. Comment cela se peut-il ? Tout le monde à qui je l’ai présenté l’ont trouvé drôle et charmant. Ben oui, comme un serpent à sonnettes. Mais, lui, le gars de la librairie Machin, c’est quoi son histoire avec lui ? Jalousie, envie ? Question de territoire ? Est-ce que c’est dû au travail ou est-ce que c’est personnel ? Mystère. Y’a rien de mieux qu’un mystère à mes yeux. Mais, après avoir fait une folle de moi à cause de tout ça, est-ce que j’oserai me présenter encore à Machin ? Ou dans n’importe quelle librairie de Montréal…sauf Archambault (crache, crache) et Parchemin (j’endosse totalement). Oh, et la Coop.

Et pourquoi ça me dérange tout ça ? Parce que trop de monde est au courant. Lui, là, Le Libraire, j’aurais quand même voulu que ça marche, prouver que mon instinct est complètement dans le champ. Mais non ! Alors c’est comme si une vedette de cinéma archi connue venait de prendre 50 livres en deux mois et que tout le monde le savait ! C’est comme si ma photo et sa photo étaient à la une du Journal de Montréal. On m’en parle même au travail étant donné que c’est à côté.

Je passe beaucoup de temps dans les librairies, seule ou accompagnée, et j’ai envie qu’on me reconnaisse pour qui je suis et pas parce que je suis l’ex blonde d’un gars trop con, trop nombriliste et pogné dans ses bagages pour être capable de se conscientiser et de changer. C****, quand on a cassé, il dormait à la librairie ! Et il recommençait à fumer du pot.

C’est comme gratter une gale ! Chaque fois que je réussis à avancer, quelqu’un me repogne par le collet pour me ramener en arrière : « Hey tite-fille, t’es pas l’ex du loser qui est workaholic, fumeux de pot, misogyne, fendant qui fait chier tout le monde ? » Ou ben, hey…tu trouves pas qu’il ressemble à quelqu’un que tu connais bien ? Quelqu’un de ta famille ? Comme je dis, c’est comme une esti de gale qui veut juste pas guérir.

Oui, je suis son EX. Ex comme dans Passé. Fini. Terminé. On en parle plus svp. Je peux-tu acheter mes livres en paix !!!

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2 réflexions sur “C’est un p’tit monde

  1. oneladyintheworld dit :

    Merci pour ce texte qui est pour moi éducatif, il fauit l’éducation concernant les mecs

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