Seule à deux…encore


Puisque c’est impossible de te parler, je t’écris.

Quand tu réponds « bof » chaque jour lorsque je demande si ta journée s’est bien passé, je trouve ça lourd. Quand tu me crie après comme tout à l’heure, j’ai de la peine et je trouve que je mérite mieux. Quand j’entends que je t’énerve avec mes « tsé », « là », je me dis que je mérite mieux qu’un gars aussi bête. Quand tu baisses les bras, je me dis, mais pourquoi je reste là ?

Je m’acharne pour quoi, là ? Pour quatre mois avec quelqu’un qui ne veut pas me parler, ne veut pas m’entendre, mais veut bien me baiser ? Je m’acharne sur une relation avec quelqu’un d’instable qui est capable de rester calme une journée et qui pète l’autre journée, qui se dit malheureux.

Ce soir, c’est encore pire. Je ne suis pas un chien et je ne mérite pas de me faire parler sur le ton sur lequel tu m’as parlé. Je peux comprendre que si on se chicane, ça arrive, mais là, c’est trop. J’en ai assez. Tu as dépassé la ligne de non retour.

Ne viens pas au chalet, je paierai ta part. N’achète pas de cadeaux, je m’en charge. Trouve une excuse à mes absences. Je n’ai plus envie d’arranger les choses.

Je mérite mieux que quelqu’un que j’énerve avec mes mots, avec ma présence et qui crie après moi. Tu n’es pas prêt pour une relation. Apelle-moi si tu veux m’entendre de vive voix te dire que c’est fini. Sinon, tu peux laisser faire, j’en ai ras le chapeau de ton attitude. Dire que Carrie s’est fait plaqué par post-it…on en est pas loin. C’est ce qui arrive quand on est pas capable d’écouter et de parler, j’imagine.

Dans les restaurants, on reconnaît les jeunes couples parce qu’ils parlent, s’interrompent, ont toujours quelque chose à partager. Les vieux couples, eux, n’ont plus rien à se dire. Ils regardent ailleurs en mangeant, leurs expressions figées dans l’ennui. Nous, chacun dans notre bulle, bien installés dans notre journal, devant la télé ou dans le silence, eh bien, nous ne sommes pas mieux que les vieux couples qui ne trouvent plus rien à se dire.

Pour ma part, j’essaie de ne pas t’emmerder et je n’y réussis pas. Pour ta part, tu veux lire ou écouter la télé, tranquille. Je me sens comme si je n’avais pas besoin d’être là. Je ne vois pas pourquoi je suis là.

J’ai parlé de manger à la table et je n’ai pas mis la table parce que je me suis dit, ensuite t’en avoir parlé, que si tu n’en parlais pas et que tu ne le faisais pas c’est que tu n’étais pas intéressé ou que tu n’en voyais pas l’utilité. J’ai baissé les bras. Puis, je m’en suis foutu, puis je m’en suis arrangé, la télé me permettait de ne pas te parler puisque je sentais que c’est ce que tu voulais. Finalement, ça a commencé à m’énerver entre le journal et le livre. Quand est-ce qu’on pouvait se parler des vraies choses ? Les vraies choses étant la vie en général.

Il ne restait que la voiture. Et là, il fallait que je ne parle plus non plus parce que tu devenais distrait. Je me sentais vraiment pognée et irritée. Rien à faire, j’avais un chum introverti et non communicatif. Aurais-je un chum fuyant l’intimité ?

Les problèmes du mois précédents étaient encore là, non réglés et se répétaient. On en avait parlé, les solutions étaient là et bien que j’en ai appliqué quelques-unes, je me sentais seule dans mon camp. Avec cette communication défaillante, vient le désir sexuel qui chute. Pour moi, l’envie baisse quand je n’ai pas de vrai contact avec la personne. Pourquoi je me laisserais prendre par quelqu’un qui s’isole quand ça lui tente et veut me « sauter » quand ça lui tente aussi ? J’avais de moins en moins envie de contact physique.

Le temps que tu choisissais pour me faire sentir ton désir était très mal choisi. Le matin, je pense déjà à combien de temps il reste pour la douche, s’habiller, déjeuner et à quelle heure tu vas dire qu’on est pas en avance. Une fois de temps en temps, le matin, ça va. Autrement, je n’ai pas le temps d’avoir du plaisir, je suis précipitée et je déteste ça.

La frustration s’est installée parce qu’avec la télé, même en se couchant à 21h, tu lisais tout de suite et ça devenait impossible de te faire des avances. Même les plus timides se faisaient recevoir de façon glaciale. La seule façon que j’ai trouvé de te séduire c’est en retardant le souper. Il faudrait carrément couper la télé, mais j’ai peur que tu souffres d’un symptôme de sevrage ou que tu me fasses une crise d’apoplexie.

Sexuellement, les femmes se font dire par les hommes d’être plus directes, de dire leurs préférences. C’est ce que je fais. Je n’ai pas le tour, c’est reçu comme des reproches. Je suis désolée. Mais le fait est là. Je veux être excitée avant de faire l’amour, pas juste mouillée et ça prend plus de cinq minutes. Des fois, plus de quinze minutes. Je ne peux pas gémir aussi fort que toi et, des fois, je te dis des choses que tu n’entends pas. Je dois répéter. « J’aime ça. Continue. » Ou autre chose. Des fois, je pense que tu entends. Peut-être pas. Je n’ai pas les mêmes réactions physiques que toi non plus et c’est comme ça. Je cherche à être bien plutôt qu’avoir un orgasme. Je veux avoir du plaisir, je cherche l’intensité. Il m’arrive d’être dans tous mes états. Par exemple : quand tu me joues dans le cou, quand on a joué avec ton jouet, quand je me caresse à côté de toi et que tu t’installes pour te caresser près de moi, quand tu me prends pendant que je me caresse.

Je ne tiens pas à avoir « une liaison pornographique » spectaculaire. Mais, dans la sexualité, mon plaisir est important et quand j’en parle c’est seulement pour te faire comprendre ça. Je veux participer, pas juste être bonne à pénétrer comme si j’étais là pour ça.

Quant à ton jouet, on en a parlé. Dans ma tête, c’était clair que tu devais faire l’intro et à l’avenir ce sera comme ça aussi. C’est ton jouet, tu l’amènes. Je ne suis pas celle qui doit tout faire (en faisant allusion que si je veux quelque chose, il faut que je le fasse genre fermer la télé et mettre la table dans la cuisine). Je te ferai plaisir…avec plaisir si les choses finissent par s’arranger.

Je réalise que je suis bien chez moi, seule. Souvent, j’avais envie d’être chez moi, mais il était tard le soir. Pourquoi je n’ai pas demandé que tu me reconduises chez moi ? Parce que je ne voulais pas que tu te sentes rejeté, parce que je ne voulais pas remballer mes affaires, parce qu’il était tard. Parce que je ne voulais pas que ça sente l’échec dans notre « essai ».

La caverne était invitante en cas de dispute, mais autrement, je n’avais pas vraiment envie d’y être. Pas dans l’état où elle est. Je n’aime pas l’abondance d’objets dans un endroit où je suis supposée me reposer.

Je conçois très bien que tu m’a trouvé étouffante. Je voyais très bien mon comportement, mais je ne savais plus comment attirer ton attention. Je ne comprenais pas ton attitude. La situation actuelle.

Sincèrement, je me sens mieux chez moi. Chaque fois qu’on se voit, notre irritation refait surface. Je me sens malheureuse et angoissée, irritée et sur le bord de la crise de nerfs pendant nos « discussions ». Je me sens tellement inadéquate, je ne comprends pas comment on a fait pendant quatre mois pour penser qu’on pouvait être bien ensemble. Absolument rien dans tes mots ou dans ton attitude ne me rassure sur tes émotions ou sur tes envies. Je déteste l’incertitude et dans ce cas, je dois me retenir de trancher.

Il me semble que durant le mois précédent, on s’est dit qu’on s’aimait. En quelques semaines, ça s’est arrêté. Moi, je ne peux pas vivre une relation yo-yo. Je t’aime, je ne t’aime plus, je te touche, je ne te touche plus sauf quand ça fait mon affaire.

Au cours du mois, je t’ai donné autant d’affection qu’au début du mois puisque c’est ce que tu me demandais. En même temps, au début du mois, tu semblais très heureux. Puis, à la fin tu m’as dit que c’était trop. Je ne veux pas la même relation qu’avec mes parents : trop, pas assez, bien, pas bien. Je t’aime, je ne t’aime pas.

J’ai envie d’être acceptée comme je suis avec mes insécurités, avec mon passé tout croche. J’ai envie d’un gars qui s’assume et qui veut une vraie relation, avec des mots, des regards, une vie faite d’autre chose que sa bulle de tranquillité. Une vraie vie. Je veux un gars que je peux coller autant que je veux et qui va être capable de me le dire qu’il veut être seul. Ou qui est capable de me le dire comment il se sent : fâché, déçu, triste, content. Et qui comprend qu’écouter avec toutes ses oreilles c’est mieux qu’interrompre. Que ne pas être intéressée par les rouages subtils de la vente internet, c’est pas pire que ne pas être intéressé par le classement Dewey, LC ou par le système informatique de la bibliothèque.

Je suis intéressée par ce qui s’est passé dans ta journée, par toi, par tes collègues, ce qui t’a affecté, les bonnes nouvelles, pas par comment tu fais ta job, je ne la fais pas ta job. T’intéresses-tu à ma job, toi?

Anyway.

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