SuperWoman


Vendredi, tu m’as demandé où je me voyais dans un an, dans cinq ans et j’ai été complètement sonnée. Dans cette question, j’ai entendu et vu où je pourrais être, ce que je pourrais faire. C’est bien évident que mon travail à la bibliothèque m’a fait gagner beaucoup d’expérience. Mais, pour moi, ce n’est pas un travail de transition. Le centre n’est pas un tremplin. Ce que je fais comme travail avec les enfants, les livres, avec les employés, je considère le tout comme ma carrière. Je réalise mon rêve. Je ne fais pas tout ce que je fais pour rien. Je m’en vais quelque part, je bâtis quelque chose.

J’ai pensé être bibliothécaire et mes études me dirigeaient vers la maîtrise avec un bac en arts. Mais, en travaillant à la Bibliothèque municipale, j’ai vu que la bibliothécaire restait dans son bureau avec ses papiers. J’ai donc décidé d’étudier la technique pour toujours avoir un contact avec les clients. C’est d’ailleurs là que j’ai eu mon premier contact avec les petits de quatre ans. Il s’appelait Philippe et c’était le frère de l’amie de ma petite sœur. Je l’ai traumatisé… J’ai découvert que les p’tits de quatre ans, c’est gêné.

Je ne fréquentais pas la clientèle jeunesse, je ne faisais que les entrevoir parce que je commençais à 10h, au moment où finissait l’heure du conte. J’ai constaté, à ce moment, que les enfants étaient obsédés par les dragons ou les dinosaures. J’admirais la technicienne qui s’occupait des enfants. Elle était belle, gentille et elle connaissait tous les livres jeunesse, même les BD. Elle m’a beaucoup influencée dans mes lectures.

Je voulais être artiste, je voulais être technicienne dans une bibliothèque, je voulais partager mon amour des livres… Finalement, c’est à 17 ans dans la bibliothèque de ma ville qu’a pris forme mon rêve et la personnalité que j’ai aujourd’hui. Je n’avais aucun moyen de savoir que je ferais ce que je fais aujourd’hui. Mais, je vois d’où c’est parti et c’est logique. Je savais ce que je voulais faire depuis longtemps et j’ai trouvé ma voie.

Je ne sais pas si j’ai une bonne personnalité, des fois. Je doute de moi. Je ne sais pas si je suis « assez fine ». On dirait que j’ai toujours peur de déplaire et ça fait le tour dans toutes les sphères de ma vie. Puis, je rencontre du monde dans les évènements littéraires et j’entends dire qu’ils ont entendu parler de moi en bien. Finalement, je ne suis pas aussi pire que je pense.

J’ai pensé quitter quand il est arrivé toute l’histoire avec M.L.   S. me dérange et m’irrite grandement. Je n’ai jamais pensé que j’aurais à gérer du personnel non plus. J’ai eu une année très difficile au niveau personnel et j’ai pris des journées de maladie parce que j’étais trop fatiguée pour travailler. Gérer ma vie, avoir à gérer S. et la bibliothèque, gérer ce que vivent les enfants… C’était beaucoup. Je ne suis pas Super woman. J’essaie mais j’ai pas des épaules en béton et je considère avoir été pas mal seule à la bibli.

Si je suis restée c’est parce que je voulais travailler avec ces enfants-là et cette bibliothèque-là dans ce centre-là qui est dans ce quartier-là. Est-ce que c’est assez clair ? Et c’est encore là que je me vois dans un an et dans cinq ans, mais plus loin. Avec des projets plus grands, avec l’autre employé qui est encore là et qui va encore mieux et un autre employé pour enfin faire nos projets de façon autonome : contes à l’hôpital, biblio mobile, contes aux Habitations, dans le parc, etc. Pour tout ça, il faut être plusieurs et avoir plus de budget parce que ça prend du temps, des valises roulantes et plein d’autres choses. Il faudrait que je cherche des sous. Ben oui, il va falloir que je fasse de la paperasse… Je sais qu’on peut.

J’aime pouvoir partir des projets, avoir la confiance des gens, avoir des bons rapports avec mes supérieurs, être à la barre de la bibliothèque. J’aime les défis. Mais, à deux ce n’est pas possible de réaliser les projets que j’ai en tête. La bibliothèque ne doit pas être une petite bibliothèque ordinaire. J’en ferai une méga bibliothèque.

C’est un courriel que j’avais envoyé à mon patron du moment. Finalement, je ne suis pas restée, c’était trop pour moi et j’ai constaté que les directeurs s’en foutaient de la bibliothèque, de ses employés, des vols que la bibliothèque subissaient. Il n’y avait pas de reconnaissance ni de respect.

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