Célibataire à Verdun


Ce matin, j’ai été réveillée vers sept heures par un bruit dans la rue. Ce n’est pas toujours facile habiter Verdun. L’action commence tôt le matin. Mais, bon, sur le Plateau, on entend en tout temps les sirènes de la police, de l’ambulance ou des pompiers. Ici, on entend des coups de feu, les voisins qui gueulent, des accidents.

Ce matin, comme je disais, j’ai entendu un bruit qui m’a réveillée et j’ai pensé que c’était une explosion ou un coup de feu dans la rue. J’ai pensé me rendormir, bien au chaud, mais, suite à une formation en premiers soins, je ne compte sur personne d’autre que moi-même pour vérifier s’il y a des blessés. Bonne fille !

Je me suis levée du côté droit du lit, comme d’habitude et j’ai posé mes deux pieds sur le plancher froid de ma chambre. Bien que je sois habillée d’un pyjama en polar, je frissonne quand même. J’ai fait le tour du lit et j’ai regardé par la fenêtre de la porte. La galerie d’en avant donne sur ma chambre. Le temps que je me lève et que je fasse tout ça, j’entendais des éclats de voix et je commençais à angoisser.

J’ai vu trois voitures : un véhicule sport gris, une petite voiture quatre portes rouge et une autre petite voiture grise. Quinze personnes africaines-américaines (pour être politiquement correcte) s’engueulaient. Finalement, le bruit, c’était un accident. J’ai appelé le 9-1-1 parce que ça dégénérait. Le temps que je parle à la police et que l’appel finisse, les gens avaient fini de se taper dessus, de se jeter dans la rue, de casser une ou deux bouteilles, de gueuler et ils sont partis. Des femmes et des hommes, quinze en tout, qui, au lieu de sortir calmement de leur voiture et de s’échanger leurs cartes d’affaire et le numéro de leurs assurances, se sont tapés dessus et se sont même mis à cinq sur un à un certain moment.

Pourtant, je n’ai vu aucun pare-choc dans la rue, aucune lumière pétée, aucun miroir décroché. Il faut dire que je suis au troisième étage. Avant, j’habitais dans le quartier Ahuntsic. J’adorais ce quartier. J’y ai eu trois appartements et j’y ai habité quatre ou cinq ans. Deux appartements étaient sur la rue St-Denis au coin de Crémazie et un était sur la rue Tolhurst au coin de Legendre. Ce dernier a été mon préféré. Ah. Un grand cinq et demi bien éclairé, facile à aérer en été, bien isolé en hiver, beaux planchers, superbes fenêtres, grande cuisine et grand salon.

J’adorais aller à l’épicerie. Il y avait un Provigo, sur Saint-Laurent. Ce Provigo-là était grand, plein de produits ethniques, du terroir, plein de marchandises variées. J’y trouvais de tout ! Quant au IGA sur Chabanel, c’était une petite épicerie italienne au feeling familial où je ne pouvais pas trouver du camembert mais où je pouvais trouver le meilleur des parmesan et tous les meilleurs chocolats italiens pour faire des cadeaux. C’était incroyable, il fallait lire italien pour faire l’épicerie. Sur trois marques, deux étaient étrangères.

Je me sentais en sécurité dans ce quartier-là. Il y avait toujours quelqu’un à la maison. Les gens se disaient bonjour. Ici, je me méfie, je me fais accoster et même les enfants sont bruyants et insolents. Est-ce que je voudrais retourner aux années cinquante ? Peut-être. Dès ma première semaine, la voisine voulait que j’aille prendre un café. Par contre, ma proprio était folle et mon coloc était un abuseur. Dommage.

Je n’ai pas pu garder cet appartement que je voulais garder pour le reste de mes jours. Pour moi, il représentait le nid. C’est ainsi que j’ai atterri à Verdun en colocation avec l’autre coloc débile. Il voulait remplacer son ex… Ça a pas marché parce qu’il n’était pas question que qui que ce soit me touche et certainement un gars qui fumait, buvait, écoutait la lutte, et buvait deux litres de Pepsi par jour. Il était caractériel au bout, était paresseux, manipulateur, menteur. Il m’a donné trente jours pour me trouver un appartement en plein rush d’appartements au mois de septembre. Son frère a échangé ma place contre son appart à deux pas de là. Il a habité avec le coloc débile et j’ai pris un superbe quatre et demi avec puits de lumière, grande cuisine, belle lumière pour mes plantes et mes toiles, très petite chambre, grand salon-atelier.

J’habite enfin seule. L’avantage de mon appartement c’est que je suis près du métro. Je peux donc me rendre au travail facilement et rapidement. Je suis près du centre-ville, du marché Atwater, de tout. Les voisins ne me dérangent pas. Mais, moi, est-ce que je les dérange ? Ma musique est pas mal forte, des fois. J’essaie de baisser le son à partir de 21h quand j’y pense. Dès 22h, je baisse le son de tout. Les murs sont en papier. Même que c’est gênant de faire l’amour chez moi. Mais, ça vaut la peine.

Le matin, le soleil illumine les murs de ma chambre et de mon salon. Le soir, c’est la cuisine. Je ne pourrais pas habiter un endroit sombre. Je ne voulais pas d’un demi sous-sol. Je ne voulais pas d’un endroit où je n’avais pas de fenêtres, pas de soleil. Mes toiles, ma peinture, mes plantes, ma santé ont besoin de lumière.

Ça fait cliché, hein, une célibataire qui a un chat ? Mon ami se cherchait quelqu’un sur internet et il lui a semblé que toutes les célibataires avaient un chat. Vu qu’il est allergique, c’était un problème. Mais, avoir un animal brise la solitude. Il y a beaucoup de célibataires qui se sentent seuls semblent-ils. Mais où sont-ils ? Où sont-elles ? De plus, je ne veux pas tomber sur un nouveau célibataire qui va me laisser tomber comme une vieille chaussette sale dans pas long parce que j’étais juste la fille de transition. Moi, là, les rebound… J’en ai plein mon club sandwich.

On dirait que ça fait cinq ans que je suis en rebound. Ça fait cinq ans que mon ami me dit de respirer par le nez, de me calmer les hormones, de prendre mon temps. Mais, maudit, je rencontre des gars, ça marche, ça marche pus. Et, là, je sais plus. J’ai eu des relations de huit mois, deux ans et un an et pourtant, je me sens comme si j’avais été célibataire depuis cinq ans. Pourquoi ? J’ai aimé et j’ai été aimée. J’ai été fiancée, j’ai été enceinte. Je suis épuisée. Je fais un burnout amoureux.

Je suis le genre de fille qui se pose trop de questions et qui sur-analyse. Je lis trop. Je bois du café, j’écris, je lis, je travaille, je pense. C’est pas bon, tout ça. C’est pas bon le célibat et le pas de sexe. Quand je vois un beau gars. Bof. C’est quoi, mon problème ? Le burnout amoureux.

Soir, 19h13

J’ai passé l’après-midi avec PB après avoir déjeuné avec lui. Il semble que sa blonde soit jalouse de notre lien. Je le fais rire, on se voit, je suis chanceuse qu’il soit mon ami à ce qu’elle dit. Pfft. C’est pas elle, par hasard, qui peut continuer de recevoir son affection et de lui en donner, de le voir continuellement en plus de pouvoir baiser avec lui ? Alors que moi, je dois me contenter d’un appel de temps en temps et d’un déjeuner une fois par semaine si je suis chanceuse. Elle voudrait me connaître mieux. Anyway, j’ai entendu et on verra.

Mon infâme Ex m’a appelée après trois jours de silence. Sa réflexion est terminée. Il veut revenir. Après sa maudite réflexion qui m’a laissée seule durant les Fêtes et la Saint-Valentin. Il m’avait dit qu’il serait toujours là et que je ne serais pas seule à Noël, période où notre bébé serait supposé être né. Encore des belles promesses. Ah.

Tout d’un coup, Monsieur a viré son capot de bord, mais, est aussi entêté. Il ne m’écoute toujours pas et est aussi enligné sur ce qu’il veut. Tout d’un coup, il veut la même chose que moi alors qu’il ne me l’a jamais vraiment donné. Il a annoncé à tous ses amis qu’il les verraient moins parce qu’il me verrait plus. Ça fait deux mois qu’on se voit à peine. Il est fou. C’est sa présence que je veux. Je veux qu’il me prouve qu’il peut être là.

Mais, à travers tous les évènements graves que j’ai vécu, il s’est tiré. Tout ce que ça me prouve c’est que je ne peux pas lui faire confiance. Je ne peux pas compter sur lui. Il était fatigué, il avait autre chose, il était en réflexion. Des belles excuses.

Il a eu le coup de foudre pour moi sur un site internet. Quand il m’a vue avec ma tuque débile de Safarir, il m’a encore plus trouvée de son goût. Mais, il n’avait rien à dire et je me sentais mal à l’aise. Je lui ai dit que ça ne marchait pas. Il faut dire qu’il m’avait amenée à une place vraiment pas à mon goût : Balooze. Bruyant et enfumé.

Il était séduisant. P.P. est tout en grandeurs et longueurs, un beau brun souriant. Il est un de ces nouveaux métrosexuels en vogue : bien habillé, discret, parfumé, bonnes manières et cultivé. Il a un bon emploi, mais, beaucoup trop prenant. Son métier est sa maîtresse.

Je l’ai rappelé. Il m’avait dit, en avant de la station Berri, que c’était dommage d’avoir tout fait ça pour rien. Il parlait des démarches sur internet. Pour ma part, je trouvais ça assez normal. Mais, j’avais l’impression que ça avait décliqué en personne. Je l’ai rappelé parce que je me disais qu’il fallait bien que je donne une chance à quelqu’un à un moment donné ! Ça allait bien au début. Il était romantique et passionné. Mais, il me disait qu’il m’aimait souvent. Trop. Il m’appelait cinq fois par jour ou plus et on s’écrivait plusieurs fois par jour. J’en étais accro. On sortait à des endroits superbes. Je vivais un conte de fées.

Peu de temps après, malgré des petites chicanes, nous étions fiancés. Nous nous voyions plusieurs fois par semaine, faisions nos lunchs ensemble. L’affaire c’est que, justement, mon (très peu) d’argent causait problème. Faire des lunchs coûtait cher, sortir coûtait cher. Alors qu’il s’habillait dans les grands magasins, j’avais le même linge depuis plus de deux ans. J’avais un sentiment d’infériorité.

De plus, j’étais parano. J’imaginais qu’il avait une maîtresse. Il ne me disait rien sur ce qu’il faisait quand il n’était pas avec moi. Alors que je partageais presque tout avec lui, il ne me disait rien. Puisqu’il voyait encore son ancienne flamme, j’imaginais des choses. Quand il me posait des questions, c’était pire. S’il me posait des questions sur ma maladie, j’imaginais que c’était pour m’enlever les enfants qu’on aurait plus tard. Je voyais plein d’images dans ma tête. J’avais effroyablement peur de lui, parfois. On s’est mis à avoir de plus en plus de conflits. Il n’acceptait pas ma relation avec P.B. que je voyais très souvent et je n’acceptais pas sa relation avec son ex qui, elle, n’acceptait pas ce qui se passait entre lui et moi. Elle avait fondu en larmes quand elle avait su qu’on était fiancés.

L’argent me stressait. Ma job me stressait, sa job le stressait mais il ne m’en parlait pas. En plus de tout le reste qu’il ne me disait pas et de tout ce que j’imaginais. Son sens de l’humour ne fonctionnait pas sur moi et notre communication était défaillante. On ne se comprenait pas du tout. Deux fois, il a mis mes choses dans un sac en me montrant la porte. Il disait que je n’étais pas heureuse et que, voulant mon bonheur…

Je suis passée proche de partir, mais, je me disais que ça ne pouvait pas finir comme ça. Avoir su, je serais partie. Je voulais prendre mon temps pour le connaître alors j’ai pris un peu de distance. J’ai passé un peu plus de temps chez moi. Je me sentais abandonnée et rejetée. Je me demandais ce que je faisais de si mal. Puis, on s’est mis en tête de vouloir un enfant. J’ai arrêté la pilule dans l’optique d’être prête le temps venu. Ma mère prenant chaque fois plus de deux ans pour tomber enceinte et aucune de mes tantes n’ayant d’enfant, jamais je n’aurais pensé… La fameuse pensée magique. C’était supposé prendre du temps…des mois ou des années.

Un matin, le lendemain d’une très grosse chicane, je suis allée chez lui le surprendre, lui parler. On s’est pardonné. Puis, on a fait l’amour. En un an, on a seulement baisé. C’est la seule fois où on a fait l’amour et la seule fois qui compte, à mes yeux. Mais, j’ai su tout de suite que ça avait fonctionné. J’étais enceinte. Une fois, c’est tout ce que ça prend. On a passé au moins douze tests de grossesse. En premier, ils ne fonctionnaient pas. Puis, il fallait se convaincre.

Je ne voulais pas être enceinte à ce moment-là. On ne pouvait pas garder l’enfant. Mais, j’étais contente ou excitée. J’étais contente de pouvoir tomber enceinte et contente de l’être. J’étais immensément triste parce que je savais que je ne pourrais pas le garder. Je ne sais pas si P.P. était aussi heureux qu’il le dit. Mais, on voulait et on l’a annoncé à ma famille. Tout le monde était heureux. J’étais la première à être enceinte. Puis, je me suis mise à étouffer, à angoisser, à avoir peur de perdre mon emploi, à avoir peur de lui et de comment avoir un enfant va tout changer. Je me suis mise à me dire qu’effectivement on ne se connaissait pas assez et que j’avais trop peur de lui pour avoir un enfant avec lui. Si j’avais un bébé, je serais dépendante de lui pour toujours. Je serais obligée de l’avoir dans ma vie pour toujours. Est-ce que je l’aimais assez pour ça ? Un gars qui me courait après quand on se chicanait ? Un gars qui devenait imprévisible ?

On a eu une grosse chicane. Mais, il pensait que être enceinte annulerait mon envie de prendre mon temps et qu’il pourrait m’avoir pour lui, toute à lui. Il pensait que je recommencerais à dormir avec lui toutes les nuits, à ne penser qu’à lui, que je passerais moins de temps au travail et moins de temps avec P.B. Vu que je continuais à vouloir prendre mon temps, il s’est fâché et il a dit que peut-être ça serait mieux d’avorter. J’ai pété ma coche et j’ai dit que, ben oui, ok d’abord, c’est ça qu’il veut ? Ben, le rendez-vous du médecin du lendemain pour un check up pour garder le bébé, deviendrait un rendez-vous pour un avortement et je lui ai raccroché la ligne au nez.

J’ai tellement pleuré. Je me sentais punie parce que je voulais du temps. Je me suis rendue chez le médecin en pleurant, j’ai attendu dans la salle d’attente en pleurant. Les couples semblaient heureux et confiants alors que j’étais si malheureuse. La dame a su tout de suite pourquoi j’étais là, elle a appelé à l’hôpital pour moi. Je savais ce que je voulais. Mon rendez-vous était pour le 26. P.P. le deuxième voulait que je l’appelle après pour lui dire les détails. Je lui en voulais tellement. Le salaud. Alors que je lui dit la date de l’avortement, il me dit qu’il aurait aimé garder le bébé. Il pleuvait, il faisait froid, je me sentais seule. Mais, j’étais tellement fâchée ! c’était pathétique : je pleurais sur le coin de la rue. Seule sous mon petit parapluie.

J’ai détesté être enceinte. Je me sentais envahie par un Alien, fatiguée et déprimée. Mais, je sais que c’est cette relation si détestable qui m’a fait ressentir des émotions aussi négatives. Je savais que je changeais. J’avais un secret tellement lourd à porter et P.P. ne voulait pas que je lui en parle. Je lui ai tout de même demandé de venir à la clinique de l’hôpital avec moi. Je voulais qu’il soit là, qu’il voit. Je voulais qu’il ressente la même douleur que moi.

J’étais nerveuse. J’avais peur. Les docteurs m’ont traitée comme un numéro, comme un animal. J’ai subi un examen non nécessaire qui m’a fait mal, je pleurais, j’étais perdue. Au lieu de me tenir la main, Paul regardait les écrans en souriant. Il dit qu’il ne savait pas quoi faire. Est-ce trop demander d’être là ? Autrement qu’en présence ? Être là avec moi ? J’ai décidé d’arrêter les procédures et d’aller en clinique privée. J’ai lui ai fait payer , mais je suis allée avec Ma Sœur. Je savais qu’à cette clinique, le service serait personnalisé et que les gens seraient gentils et délicats. Je ne m’étais pas trompée. On a pris soin de moi du début à la fin. Quand je me suis réveillée, je ne me rappelais rien. J’ai pleuré, j’étais fatiguée, soulagée, triste. Je cherchais mon bébé, je ne l’avais plus. L’infirmière avait beau me dire que ce n’était pas un bébé, je pleurais chaque fois que je me réveillais. Ça a pris des jours avant que j’arrête de me demander ce qui s’était passé pour que j’oublie. Je ne regrette pas mon avortement, mais, pour moi, le fœtus était mon bébé. J’étais enceinte de seulement deux mois, je ne voulais pas attendre plus logtemps pour m’en débarrasser, ça commençait déjà à paraître.

Je n’ai jamais vraiment pu en parler avec lui. Même si je me sentais libérée, du bébé, du stress, j’ai rompu avec P.P. Après des mois, le sujet est toujours aussi inabordable. Il se sent coupable. Il m’en veut également. Je ne l’ai presque pas vu de l’été. Je ne l’ai pas appelé et j’ai effacé ses courriels. J’ai fait le ménage chez moi. J’ai descendu trois à cinq sacs verts remplis de vieux souvenirs. J’avais rencontré F.D. à ce moment-là et je voulais me débarrasser de mon passé, enfin. Ça faisait trop longtemps que je traînais mes souvenirs, alors, j’ai tout jeté ou presque : lettres d’amour, cassettes et CD, toutous, linge, bijoux, photos… Je me suis sentie plus légère.

Lorsque F. et moi sommes allés au chalet de ses amis, j’ai lancé ma bague de fiançailles dans le lac. Je ne voulais pas être tentée de la remettre et je voulais laisser cette partie de moi derrière pour avancer. Mais, c’est encore là.

Après F., j’ai pris du temps pour me retrouver et me convaincre et ça valait la peine de rencontrer quelqu’un de nouveau. Tous les hommes ne pouvaient pas être égocentriques, dépressifs, workaholics, incapable de communiquer et fous. Je voulais croire que j’étais bonne, fine, belle etc. F. ne me touchait pas, ne me disait rien de gentil et on se voyait peu. Avec lui aussi, les conflits se multipliaient. F. était un champ de mine. Sa dépression était lourde à porter et j’ai rompu. J’ai tout donné jusqu’à être épuisée.

À la fin de l’été, j’ai contacté P.P. Je voulais pratiquer un conte (j’étais conteuse aussi). Je voulais également voir si j’avais enfin passé à travers mes peines, ma colère. Mais, je ne comptais pas sur l’opération « Grosse Cruise » qu’il entreprendrait. Ce n’était nullement dans mes intentions de reprendre avec lui, mais, j’avais été négligée par F. Les flatteries de P. ont atteint leur but. Quand il m’a embrassée, je me suis laissé faire. Mais, je n’avais toujours pas envie d’être avec lui sauf sexuellement.

Pourquoi m’embarrasser d’une relation alors que je sortais d’une relation très douloureuse et que celle que j’avais eue avec P. avait fini lamentablement ? Plus le temps passait, plus je me sentais mal. Il y avait beaucoup de distance entre nous, par ma faute. Je ne voulais pas être touchée. Je traînais mon histoire avec F. J’avais énormément souffert et je me trouvais laide et grosse.

Je me sentais comme si je ne méritais pas l’attention que P.P me donnait. Enfin, le peu qu’il me donnait. Il était si raide. Il décide ce qui est mieux et le fait. Le soir où j’ai conté, il s’est levé et est parti. Il portait son manteau dès la fin de mon conte alors que je voulais écouter les autres conteurs. Il m’a à peine embrassée et est parti, raide comme un robot. Je ne sais pas combien de fois on a cassé.

Toujours est-il que chaque fois qu’on reprend, ça ne marche pas, ça empire. En automne, il s’est mis à avoir un « bloquage ». Il était encore plus distant. Les problèmes qu’on avait avant étaient encore présents. Mais, j’étais de plus en plus intolérante.

J’endure mal d’endosser les responsabilités de ces non-relations avec un homme qui a de belles qualités, de belles valeurs mais qui est incapable de les partager. P. est incapable de les partager mais, il est incapable d’aller chercher ce qui se trouve chez l’autre également. Je l’ai aimé mais sa distance ne m’aidait pas à sortir mes émotions.

Je n’ai pas envie d’être avec mon père. Je travaille sur mes émotions et sur mon passé. Retourner avec lui serait tout répéter. On se voyait de moins en moins. Moi, depuis le printemps, je voyais mes amis de moins en moins. Lui, voyait une certaine J. Il savait que j’étais jalouse. Pourquoi fréquenter une femme qu’il a commencé à voir dans le but d’avoir une relation avec elle s’il est revenu avec moi ? Il ne lui parlait pas de moi et il ne savait même pas si elle était avec quelqu’un. Après m’avoir dit que son ex était une bombe sexuelle, qu’elle aimait le sexe, « elle », il a fallu que j’entende que J. est une blonde séduisante. Super. Il ne m’a jamais présenté ses amis sauf quand on les voyait par hasard. Il ne m’invitait jamais chez sa sœur quand il y allait. Il ne me voyait pas le vendredi ou le dimanche, ne me voyait que quelques heures à la fois.

Ça laisserait songeur plus d’une personne. Puis, peu avant Noël, il m’a dit qu’il avait besoin de réfléchir, au moment où je commençais à lui faire un petit peu faire confiance quand même. C’était également au moment où j’avais vraiment besoin de lui. Je venais de porter plainte pour harcèlement sexuel contre M.L., un autre employé. Mon cœur s’est brisé. Je revivais un enfer d’abandon et de trahison. J’étais là, je voulais m’abandonner, je faisais tout ce qui était possible. Lui, ne me disait rien, vivait une vie loin de la mienne, et finissait par me dire qu’il voulait réfléchir.

Quand ma chatte est devenue malade, je l’ai appelé. Je voulais qu’il vienne avec moi chez le vétérinaire. Il est venu avec moi. Mais, il n’est pas resté pour me consoler. Je ne comprends tout simplement pas. Ma chatte avait dix ans, j’avais de la peine. Il est reparti chez lui. Il était fatigué, il avait une grosse journée le lendemain. Tout est prétexte à réflexion et une dénégation. Il me refuse tout ce que je demande.

Mais, je dois dire oui à ce qu’il me demande ? Il m’avait dit qu’il ne me laisserait jamais, qu’il serait avec moi même pendant les Fêtes. J’ai été seule. Je me suis sentie seule pendant l’avortement, pendant ces derniers mois. Il m’a laissée seule pendant trop longtemps. Comment un homme peut-il être aussi distant et penser que les choses peuvent s’arranger juste parce que lui, il le veut ? Comment peut-il passer à côté d’évènements aussi importants pour moi, me laisser seule et espérer que je vais continuer à le vouloir près de moi ? Il m’a demandé du temps que je lui ai laissé. Il devrait savoir que « loin des yeux, loin du cœur ».

La semaine passée, je le voulais encore. Je pensais que tout était possible. Je voulais qu’il vienne avec moi à Toronto. Il voulait voir une exposition au musée. Je l’ai achalé avec ça, je lui ai dit que j’aurais de la nouvelle lingerie (il trippe lingerie solide mais j’en achète pas! Je ne trouve pas ça pratique). Il semblait tenté. Il a dit qu’il fallait que je lui donne vingt-quatre heures ou quarante-huit heures. Il ne m’en a plus jamais parlé. J’ai arrangé mon voyage toute seule. Je ne veux plus qu’il vienne. Une autre fois, j’ai été recalée.

La dernière fois que je l’ai appelé, mercredi, j’étais de bonne humeur malgré une Saint-Valentin morbide et solitaire. Je l’avais appelé pour lui souhaiter une bonne Saint-Valentin. Il m’a souhaité la même chose. Ça a fini là.

Ce mercredi, il a encore parlé de réflexion et là, j’ai décroché. Je ne suis plus capable, je n’en peux plus. En couple, on se tient. C’est même lui qui disait que un est là pour l’autre à un moment puis c’est le contraire. Pourtant, tout ce que je vois c’est P. qui vit dans son monde tout seul, qui suit son beat et moi qui est forcée de faire la même chose parce que je n’ai pas le choix.

Mais, je n’ai plus le goût de m’embarquer, de m’engager et de voir que ça ne donne rien. Je m’oblige à vivre une vie qui ne me convient pas et je n’ai pas envie de continuer. Même si on passait plus de temps ensemble, P. finit de travailler tard et travaille le dimanche. Il faut que je l’écoute, il faut que je fasse ce qu’il veut, que je suive sa vie, sa voie, ses envies sexuelles.

Où est-ce que j’en suis ? J’ai peur des hommes et je pense que c’est pire qu’être fâchée. Je n’ai plus d’estime de moi-même. J’en veux à mort à un homme que je pensais aimer. Plus je suis seule, plus je veux être seule. P.B. m’a dit que P.P. n’est pas bon pour moi. Sincèrement, je crois que c’est vrai. On n’est pas fait pour être ensemble. Le seul moment de paix qu’on connaît c’est quand on ne parle pas du tout. Quand je ne parle pas c’est que je cache quelque chose ou que je ne veux plus parler. J’ai mal avec P.P. Pourquoi les choses changeraient-elles ?

Puis, les avantages que je voyais dans cette relation, qui est devenue une non-relation, n’existent plus. On a une sexualité inexistante, on ne se voit plus, on ne fait plus rien, il est encore plus fatigué que moi, on ne parle de rien, on a trop peu de points en commun et notre passé est trop lourd. Les points en commun qu’on a divergent. Notre communication est vraiment poche. Je ne suis pas capable d’accepter ses cadeaux.

P.P. est plein de belles qualités. J’ai eu beau essayer de le toucher depuis des mois, rien n’a changé. Il ne comprend pas le pouvoir des gestes et il ne comprend pas qu’il faut parfois se mettre de côté pour les autres. Il y en a qui l’ont et d’autres qui ne l’ont pas. J’ai longtemps cru que c’était moi qui ne l’avait pas. Je sais que je vaux plus. Je veux plus.

Commentaires fermés sur Célibataire à Verdun

Classé dans Général

Les commentaires sont fermés.