On a le côlon émotionnel


Dans ma famille, on est obsédés par la « régularité ». Je trouve ça fascinant et c’est pourquoi c’est dans mon blogue. Quand j’étais petite, ma grand-mère habitait Charlesbourg. C’était un long voyage pour aller la voir. Je me rappelle les paroles de ma grand-mère quand elle nous voyait :

-Salut ma belle cocotte ! Tu veux-tu une surprise ? T’as-tu « été » aujourd’hui ?

-Été où ?

-Tes intestins marchent-tu ?

Et voilà essentiellement le « gros » du problème. On est pas obsédés par la propreté des comptoirs (quoiqueeee) mais par le fonctionnement de nos intestins. Mais d’où est-ce que ça viens ?!

Ma grand-mère a toujours eu des problèmes avec ses intestins. Elle a fini par se faire opérer et s’en faire enlever un bout. Ma mère a toujours été constipée. Mes sœurs étaient superbes à ce chapitre. Elles faisaient régulièrement comme des championnes. Moi, par contre. Ma mère m’a mis sur le petit pot trop vite. Elle était tannée des couches. J’étais sa première, elle n’a jamais eu de chien alors elle ne savait pas c’était quoi ramasser des petits ou des gros tas, attendre que ça vienne, encourager…Tstststststs. Elle a vraiment gâché sa chance d’avoir sa première championne de la régularité.

J’ai dû être traumatisée par tout ce qu’on attendait de moi. Ça vient ou pas, hein. Et comme on a découvert (« on » étant les médecins), il y a des gens qui y vont chaque jour et d’autre pas, sans conséquences. Je pense que les enfants « normaux » doivent baigner dans la lumière de l’attention que leurs parents leur donnent au moment du pot. Quand je réussissais enfin à produire mon or, on le jetait dans la toilette ! Ce n’était jamais assez bien. Je leur faisais un cadeau et ils le flushaient. Quelle horreur. Comme les autres enfants, j’imagine.

J’aurais donc aimé que mon père vienne s’asseoir à côté de moi avec son journal et m’amène un livre. J’aurais donc aimé que ma mère me donne quelque chose à manger ou un livre en attendant que ça vienne. Mais, j’ai dû me contenter des soupirs et des sacres. J’ai dû me contenter de m’asseoir que ça me tente ou pas. Ah ma mère m’a imploré, mais, je ne pouvais pas lui en chier…de la merde !

Finalement, le stress a fait que je retenais beaucoup plus facilement que j’expulsais. Je suis devenue une constipée de première à plusieurs niveaux. Rien n’y faisait. J’avais peur d’aller aux toilettes. Je pense même que j’étais gênée. Peut-être que c’était toutes les séances de pot dans le corridor aux yeux de tous. Ma mère était dans tous ses états. Elle voulait donc que je « produise »! J’ai mangé de la Neige, bu du jus de raisin Welsch, subi des lavements.

Puis, quand j’ai commencé le secondaire 3, je me suis vraiment domptée. J’ai décidé de devenir grande, de me prendre en main. Seule. Je pense que je ne voulais plus être la même personne. Je ne me sentais vraiment pas bien avec cette dynamique-là. Non seulement je retenais tout à l’intérieur de mes intestins, je ne voulais pas qu’on m’approche, une maudite sauvage. Je voulais qu’on me laisse tranquille mais au contraire, c’était pire. Je me suis donc fait un programme, en premier. Puis, je me suis laissée aller.

Mais, ma mère continue à se retenir et s’est empirée. C’est rendu qu’elle m’en parle au téléphone. « C’est effrayant, chus rendue comme grand-maman ! Si j’y vais pas quand j’ai envie, chus pus capable pendant des jours ! » Mes sœurs sont étrangement devenues constipées, à l’inverse de moi. Ma grand-mère continue de s’en faire pour le bien intestinal de la famille. Mais au lieu de me poser la question, elle la pose à ma mère. C’est même un sujet de table.

Mais, à certains niveaux, je suis encore « constipée ». Par exemple, il a fallu que je rencontre une fille qui pète à tous vents et parle de ses émotions comme un moulin à paroles pour réaliser que je ne m’exprime pas assez et que les bruits corporels me font rire. Je suis incapable de demeurer indifférente aux bruits. Au travail, oui. Autrement, je suis tellement choquée, c’est une bombe, j’éclate de rire ou je fais moi-même des bruits encore pire avec ma bouche. Complètement débile. J’ai même une autre amie qui se retient tout le temps…d’être fâchée, d’être triste. Évidemment, elle évite ses émotions comme ma mère. Elle est constipée. Chez moi, alentour de moi, on a le côlon émotionnel.

About these ads

2 Commentaires

Classé dans Général

2 réponses à “On a le côlon émotionnel

  1. oneladyintheworld

    ahahahahaha
    les fameux intestins de grand maman,
    moi c’est fou depuis 3 ans, je vais souvent à la dompte hahaha